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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 17:08

Pour cette nouvelle livraison, Seine & Danube vient à votre rencontre les bras chargés de romans inédits en français. C’est une occasion unique, pour le plus grand nombre de découvrir le travail des écrivains roumains. Ces extraits que les traducteurs de notre association choisissent, traduisent et présentent susciteront peut-être aussi la curiosité et l’amour d’un éditeur français. A partir de là, l’aventure pourra se poursuivre. N7

Pour son N°7, Seine & Danube a fait le plein de romans. Et le hasard fait que nous pouvons les placer sur trois étagères, car ils correspondent à trois types de projet littéraire.

Les livres sur la première étagère montrent que les romanciers roumains peuvent situer leurs intrigues sous d'autres cieux que ceux des Carpates. Nous vous en offrons ici deux exemples. Florina Ilis, que le public français connaît bien maintenant grâce à sa Croisade des enfants (éditions des Syrtes), a écrit un roman de facture policière dont les héros vivent au Japon. Roman choral à quatre personnages plus un robot, Cinq nuages colorés dans le ciel du soleil levant séduit dès les premières pages. Le second exemple nous est offert par Daniela Zeca, une romancière attachante qui explore, dans une trilogie orientale raffinée, les méandres de la Tunisie, des pays du Golfe et de l'Iran contemporains. Son Safari fiction est bien plus surprenant que son titre ne le laisse supposer.

Les livres suivants sont de nature classique : Dan Stanca nous est bien contemporain, mais la prose dont il use pour nous entraîner dans son suspens psychologique et métaphysique intitulé Le dernier homme le place dans la catégorie des intemporels. On est happé dès les premières lignes par la force du témoignage de ce père dont le fils s'est suicidé. Quant à Alexandru Ecovoiu, la nouvelle que nous publions, La Route  est d'une construction parfaite. Son univers donne envie d'en lire bien plus.

Notre librairie virtuelle a aussi une étagère des écritures XXL : Daniel Bănulescu et ses Sept rois de la ville de Bucarest demandent une grande inspiration avant la lecture et une période de repos après. L'explosivité de son style, confirmée livre après livre, vous laisse en état de décompensation. Le roman-poème écrit à quatre mains par Ruxandra Cesereanu et Marius Conkan illustre la créativité hors limite des écrivains roumains: un petit garçon et une fillette atteints du syndrome de Down (trisomie 21) vivent dans un orphelinat. Dans L’Autre monde, les deux écrivains donnent vie et peur à ce dialogue d'une étonnante beauté qui surgit au-delà du sens. A aborder toutes voiles rabattues pour le plaisir de l'émotion pure.

Et puis, en travers de nos rayonnages virtuels, nous avons tendu La corde à linge d'Alice Popescu. Comme souvent, les objets les plus simples sont les plus évocateurs. Très bien présentée par Fanny Chartres, la poétesse nous place dans un état d'apesanteur, comme épinglés au fil de ses émotions.

Seine & Danube vous souhaite de découvrir avec bénéfice et plaisir ces nouveaux extraits inédits de la littérature roumaine actuelle.

 

Laure Hinckel

rédactrice en chef de Seine & Danube


 

 

 

 

 

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 20:15

 

Un "parcours Noica", deux romans, une nouvelle et un conte pour la rentrée

Avec ses deux numéros par an, en mars et en septembre, toujours le 12, Seine&Danube a trouvé son rythme de croisière. Toute l’équipe des traducteurs s’est largement investie l’an dernier pour présenter avec panache et profondeur la littérature roumaine invitée d’honneur du salon du livre de Paris en mars 2013. Les lecteurs étaient au rendez-vous, les médias français ont largement accueilli les auteurs roumains traduits, les éditeurs les plus attachés à cette littérature se sont sentis confortés dans leurs choix courageux, les autres ont découvert un immense champ littéraire riche et chatoyant. Le tourbillon est passé, nous poursuivons notre travail dans l’espoir de vous faire découvrir de jeunes romanciers, poètes ou essayistes mais aussi de connaître des auteurs méconnus.N6

La seconde livraison 2013 s’attache ainsi à vous présenter le philosophe Constantin Noica. En trois extraits et une analyse brillante par la poétesse et essayiste Marta Petreu, nous espérons vous faire passer le seuil d’une œuvre vaste et complexe. Seul auteur roumain à avoir publié un traité d’ontologie, Le Devenir envers l’Être, Constantin Noica (1907-1987) est aussi l’auteur, entre autres, d’un Journal philosophique et d’une autofiction avant l’heure nous plongeant dans l’univers carcéral du goulag roumain, Priez pour le frère Alexandre. Mais c'est pour mieux nous emporter dans les profondeurs d’une parabole éducative sur les relations maître-esclave. Mal reçu à l’époque de sa publication, car inconfortable dans une société avide de réparation – juste après la chute de la dictature en Roumanie ‒, cet ouvrage posthume contient par exemple une très peu ordinaire prière pour Karl Marx se terminant par « Priez pour the Big Brother » !

Seine&Danube vous invite donc à suivre un « parcours Noica » : Noica et l’utopie de la reconnaissance, texte de Marta Petreu traduit par Florica Courriol permet de découvrir le philosophe empreint de Hegel et de comprendre la portée de Priez pour le frère Alexandre dont nous vous invitons à lire un extrait fort révélateur, traduit par Hélène Lenz.

Ainsi muni de quelques outils, vous pourrez découvrir le concept de la « devenance », une expression des états et du processus du « être » dans une traduction déjà publiée, ce qui est exceptionnel dans notre revue présentant par principe des traductions inédites. Nous remercions à cette occasion les éditions Olms pour cet extrait du livre Le Devenir envers l’être dans une traduction de Nicolas Cavaillès. Enfin, abreuvés d’ontologie, vous pourrez poursuivre la lecture du Journal philosophique dans un extrait traduit par Mariana Cojan Negulesco. Un premier extrait avait été publié en mars 2010 dans notre Numéro 1. En parcourant ces notes prises à Bucarest puis en France courant 1939 (où Noica avait obtenu, comme Cioran, une bourse d’études), le philosophe aborde à plusieurs reprises les idées d’exactitude et de vérité que l’on retrouve débattues dans d’autres de ses ouvrages. Cet extrait est empreint d’impressions françaises, Héloïse et Abélard, Stendhal, Rousseau apparaissent au détour de phrases lapidaires et de réflexions fulgurantes.

*

« Il était une fois, car si elle n’était pas, on ne la conterait pas » : c’est de cette façon belle et inimitable que les contes roumains emportent leurs auditeurs et lecteurs. La Fée de l’Aurore, par le conteur et romancier roumain Ioan Slavici, par ailleurs auteur de magnifiques nouvelles nous parle de forêts de cuivre, d’or et d’argent et surtout d’un enfant volontaire bien décidé à rendre les yeux de son père aussi rieurs l’un que l’autre. Une lecture bien rafraichissante dans la traduction de Faustine Vega.

L’atmosphère est plus sombre chez Florin Irimia, un jeune romancier dont nous publions un extrait du roman Defekt  dans la traduction de Fanny Chartres ‒ le lecteur le comprendra rapidement, il y a quelque chose de défectueux dans la vie du narrateur. A suivre, donc, pour le frisson.

Nous vous proposons ensuite de prolonger le suspens en lisant l’étonnante nouvelle Le Nain et le dictateur signée Constantin Abăluţă et traduite par Jan H. Mysjkin. C’est l’histoire d’un nain doué pour l’imitation. N’en disons pas plus. C’est à la fois poétique et grinçant.

Enfin, c’est avec les garnements fort sympathiques du Feuilleton socialiste de Doru Pop introduit par Monica Salvan que Seine&Danube se refermera… Momentanément. Le temps de trouver encore et encore de nouveaux textes. Le temps de promouvoir encore et encore ces auteurs en lesquels, les uns et les autres, nous croyons.

Il ne nous reste qu’à œuvrer ( !) pour que ces extraits traduits avec précision, choisis et édités avec soin rencontrent leur éditeur et leurs lecteurs. Bonne découverte !

Laure Hinckel

Rédactrice en chef de Seine&Danube

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:09

Laissez-vous séduire!

 

 

Sur Seine & Danube, pas de thème prédéfini mais des envies et des propositions.numéro4 Seine & Danube fonctionne à la séduction, un carburant très fort. Les coups de cœur des uns et des autres deviennent les découvertes de tous – grâce à cette revue. Car le traducteur est souvent celle ou celui qui écorce le premier le bel arbre du texte. Il fait même plus, il s’insinue entre la chair et l’écrin, il épouse, le temps d’une traduction, la pulsation du texte. Et en grand gourmand généreux qu’il est, il partage aussi, bien entendu, le fruit de son travail. 

Confier une traduction à une revue – fut-elle une revue amie, une revue outil, une revue vitrine – n’est pourtant pas forcément facile. « Ai-je bien choisi mon extrait ? », « N’ai-je pas laissé trop d’aspérités ? » ou à l’inverse, « N’ai-je pas trop trahi l’original ? », « Mon français ne s’est-il pas relâché à la fin du passage » ou au contraire, « Ai-je bien entendu, dès les premiers mots, la voix souterraine de ce texte ? », « Ai-je bien respecté le niveau de langue ? », « Et puis, ce travail, est-ce qu’il sera lu par quelqu’un ? Par un éditeur ? Et si ma présentation de l’auteur n’était pas assez « vendeuse » ? En même temps, ce que je propose là, c’est autre chose qu’un dossier de traduction porté dans une maison… »

Les affres du traducteur qui s’apprête à appuyer sur la touche « envoi », je les connais et de les comprends. Quand j’ouvre mes petites enveloppes en pixel, je pense à eux, les traducteurs autant qu’à vous, nos futurs lecteurs. C’est à ce moment-là de l’ouverture des messages reçus que le carburant de séduction travaille à son plus haut rendement.

Il y a un côté magique dans cette étape où les désirs des traducteurs voyagent dans l’éther pour atterrir dans la boîte email de la revue. « Bonjour revue », me dit l’anonyme interface planétaire… et c’est un jeu de petites enveloppes que j’ouvre les unes après les autres : une note biographique, une photo, une présentation, une traduction. Le désir de séduire est là, il vient à la rencontre de celui ou, en l’occurrence, de celle qui ne demande qu’à être transportée, déplacée de son axe pour respirer un autre air, plus pur : c’est en résumé le rapport entre le séducteur et la personne séduite, nous apprend Gabriel Liiceanu dans l’essai De la séduction qu’il consacre… à chacun de nous – en effet, qui peut se targuer de s’être toujours tenu hors de portée de toute séduction ? Nous avons tous été pris au jeu de pouvoir de cette séduction qui signifiait initialement "emmener à part"...

Car la séduction est peu ou prou la vie elle – même.

Dans sa forme la plus noble, la séduction est une histoire d’enseignement et de progression de la personne. Cette expérience, nous la partageons en lisant la nouvelle d’Ovid. S. Crohmalniceanu : on est à la fois tiré de soi-même, élevé et pour tout dire, séduit par le casse-tête de la topologie des quatre couleurs… résolu par les élèves d’un vieux prof de géométrie qui y aura laissé sa jeunesse. Ici, la séductrice est la connaissance et la personne séduite est le chercheur.

De Peter Kerek, dramaturge, nous publions un scénario-film intitulé 9° à Paris. Cette forme théâtrale inédite nous rappelle que le séduire est omniprésent dans nos sociétés. Le théâtre est ô combien un lieu de séduction... et de pouvoir. Ici, il y a double emprise du séducteur (l'auteur) sur le spectateur (séduit) car le personnage unique de cette pièce apparaît  aussi bien sur un écran placé en fond de scène que, là, sous nos yeux, sur la scène. 

C’est un autre type d’attraction qu’évoque Doina Ioanid dans ses Poèmes de passage : « Ma chair se languit. Touche-moi comme si tu ne me connaissais pas, comme si tes doigts ne savaient pas encore dessiner le contour de mes cuisses ! Touche-moi comme si tu n’avais pas appris à me défaire en rêve, comme si le soleil ne devait plus jamais se lever ! » Monica Salvan, qui a donné ses mots à la poétesse est pour la première fois invitée dans nos pages. On lui souhaite la bienvenue.

Les petites enveloppes en pixel se sont ouvertes aussi sur la jeunesse d’Eugène Ionesco, car le  coup de cœur de Virgil Tanase en cet automne 2011 est l’essai de référence que l’académicien Eugen Simion consacre au génie français d’origine roumaine.

Autre rencontre passionnée, celle de la toute jeune Gil Mésange qui prête sa plume (oui, je sais, l’effet était facile) au tout aussi jeune romancier Ovidiu Pop : il lui a confié son premier roman étonnant, intitulé Trickster. Double première :  Gil Mésange débute ici en traduction.

Incitante aussi, comme toujours, Ana Maria Sandu et son Tue-moi! au titre provocateur, dans les mots justes que lui prête Fanny Chartres. Ludique et surprenant est enfin le Zeste des choses d’Adrian Otoiu, rendu par le verbe puissant de Dominique Ilea.

 

Seine & Danube vous livre son lot de coups de cœur. Nous espérons qu’il saura vous « emmener à part » le temps d’une lecture.


Laure Hinckel

Directrice de la publication

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 15:09

Seine & Danube est désormais entièrement consultable ici. Les numéros 1 et 2 viennent d'être mis en ligne. Toute l'équipe vous souhaite de naviguer avec plaisir entre les biographies des auteurs et des extraits de leurs textes roumains traduits en français rien que pour vous, lecteurs francophones... et roumanophones du monde entier, car il y a du bonheur à voir la littérature de son pays franchir les frontières des langues!

 

Le groupe d'amis de Seine & Danube constitué aujourd'hui sur Facebook est naturellement multinational, multiculturel et, comme le disent les journalistes et humoristes du défunt Catavencu, (Auziti, ce ne-au facut! Era un sanctuar al umorului!), "nos lecteurs sont plus intelligents que nous". 

 

Alors n'hésitez pas, venez jouer les critiques littéraires, les lecteurs amusés, énervés ou simplement, venez manifester votre soutien à une littérature qui a besoin d'être promue par ceux qui l'aiment, tout simplement.

 

Seine & Danube

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 14:33

 

Bienvenue sur Seine & Danube, la revue qui traduit la littérature roumaine.

 

L'association de professionnel(le)s réuni(e)s sous la bannière de l'ATLR* vous propose de découvrir à chaque numéro de nouveaux auteurs roumains, classiques ou contemporains, dans des traductions inédites.cadre numero 3-copie-1

Après une année d'existence et deux numéros salués pour leur qualité, Seine & Danube revient avec plus de dynamisme : à côté des extraits de romans, de recueils de poèmes, d'essais ou de pièces de théâtre, toute l'actualité éditoriale des traductions françaises des œuvres roumaines occupera sa place légitime. Seine & Danube, dans sa nouvelle formule, permet à ses lecteurs de poster des commentaires sous chaque texte publié.

Conçue comme une vitrine permanente de la littérature roumaine, Seine & Danube vous proposera très bientôt de retrouver les deux premiers numéros dans leur intégralité.

Chaque numéro de notre revue semestrielle est identifié par une lettrine reprenant la charte graphique de l'ensemble : un fond noir façon ardoise et des caractères tracés à la craie...  Ce choix esthétique nous rappelle combien l'art de la traduction suppose d'essais et de tentatives, de versions aussitôt effacées ou bien corrigées. Cette identification vous permettra de vous repérer dans les différents numéros de notre revue.

Seine & Danube, c'est de la vie et de la couleur : gris perle pour les Essais, bleu pour la poésie, violet pour le théâtre, vert pour les contes, bordeaux pour la fiction.

Notre N°3 est riche en essais. Gheorghe Crăciun, Matei Călinescu et Laura Pavel livrent leur réflexion sur des sujets aussi divers que le sens de la poésie et la portée du théâtre d'Eugène Ionesco. Le texte de Matei Călinescu aborde un sujet de société très actuel: son fils, M., était Asperger. Dans ce texte d’une grande humanité, il nous parle de ces autistes particuliers que notre société apprend depuis peu de temps seulement à connaître et à comprendre.

La fiction est également présente, avec un extrait d’Amo(u)r : dans ce roman, le narrateur de Maxim Crocer part à la recherche de son « idole », une arrière grand-mère qui fut cocotte de luxe sur la Côte d’Azur.

Deux poètes sont également à l’honneur : Letiţia Ilea toujours aussi sensible dans les poèmes composant son recueil Blues pour chevaux verts. Alexandru Muşina nous propose, quant à lui, quelques poèmes de son livre Le Roi du matin.

Le théâtre enfin n’est jamais oublié ici : une histoire d’amour difficile est vécue par les personnages de Ion Băieşu, dans Le Pardon.

Seine & Danube est donc de retour. Soutenez nos efforts en nous montrant que vous êtes là, en laissant des commentaires nombreux, en diffusant autour de vous l’information : la littérature roumaine est vivante, diverse, traduite, et elle est ici.


Laure Hinckel

Directrice de la publication

 

*Association des Traducteurs de Littérature Roumaine.

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 00:00

« Il y a un obstacle à la lecture », écrivait Cesare Pavese en 1945*, « et c’est toujours le même, dans tous les domaines de la vie : l’excès d’assurance, le manque d’humilité, le refusCadre numero 2 d’accueillir l’autre, le différent. Nous sommes toujours blessés par l’incroyable découverte que quelqu’un a vu, je ne dis pas plus loin que nous, mais autrement. Nous sommes façonnés par l’habitude sinistre. Nous aimons nous étonner, comme les enfants, mais pas trop. » En un monde toujours plus petit, dont on dit et répète à satiété qu’il est globalisé, et tristement uniformisé, quelle altérité, quelle différence trouver encore pour tâcher de fissurer cette regrettable crânerie qui condamne bien des esprits à un destin de tautologie égocentriste ? Le second numéro de Seine & Danube pourrait fournir quelques pistes.

L’altérité féminine, d’une part, et il nous plaît de souligner que parmi les neuf auteurs présentés ici, quatre sont des femmes : Jeni Acterian (1916-1958), figure aussi discrète et solitaire qu’extraordinairement intelligente de la « génération 1930 » (celle des Cioran, Ionesco, Eliade, Noica, etc.), qui nous a laissé un magnifique Journal d’une jeune fille difficile ; Marta Petreu (née en 1955), philosophe et poétesse de Cluj, célèbre pour ses essais sur Cioran, et dont on lira ici quelques intenses révélations de la mort et de la toute-puissante cruauté ;  Carmen Firan (née en 1958), dont on découvrira le récit inédit d’un « Chauffagiste » racontant les déboires de sa propre naissance ; et enfin Alina Nelega (née en 1960), dramaturge dont nous poursuivrons la lecture avec une autre incarnation, pour le moins perverse, de son écriture
« monologique », Kamikaze.
L’imaginaire le plus débridé, le plus inspiré, d’autre part, avec de nouveaux textes d’Urmuz (1883-1923), le génial précurseur du dadaïsme ; dix poèmes de Mircea Barsila (né en 1952) dans la fraîcheur ésotérique et sensuelle d’une forêt nouvelle, « forêt-église », « forêt-femme » (« Et pourtant, dans une forêt, tu te sens autre : / un flâneur dont la solitude n’est qu’un sac bleu / rempli d’anges ») ; et un extrait de la truculente Encyclopédie des Guivres du fameux Mircea Cartarescu (né en 1956), dont les romans-fleuves post-modernes hallucinés, traduits dans le monde entier, ne sont plus à présenter.
Enfin, en guise de regard neuf posé sur de grandes préoccupations sociales (les jeux, la politique, l’amour !), nous proposons de surprenantes pages de jeunesse du poète et philosophe existentialiste Benjamin Fondane (1898-1944) sur l’éducation et sur les accointances du sport moderne avec les mythes fondamentaux (au sujet d’un combat de boxe de 1921) ; ainsi qu’un savoureux extrait du dernier roman de  Dan Lungu (né en 1969), Comment oublier une femme, récit de l’amoureux délaissé, livré moins à la pitié de soi qu’à un humour volontiers métaphysique.

Lorsque Virginia Woolf donnait comme condition nécessaire à la création artistique « une certaine collaboration » du féminin et du masculin dans l’esprit, et « un certain mariage des contraires** », ne rêvait-elle pas également d’une nouvelle manière de lire, voire de vivre ? Relativement jeune, et radicalement européenne, la littérature roumaine n’est sans doute pas une lointaine terra incognita qui serait du même coup incogniscibilis, mais il n’est pas moins certain qu’elle recèle, dans le creuset unique de sa langue, de réelles ressources pour nous permettre d’être un jour, qui sait ?, autres nous-mêmes, « les yeux perdus vers l’autre dans l’immaculée mélancolie des jardins» (Cioran***).


                                                                                                   Nicolas Cavaillès

 

 


* Cesare Pavese, Littérature et société, traduit de l’italien par Gilles de Van, Gallimard, « Arcades », 1999, p. 38.
** Virginia Woolf, Une chambre à soi, traduit de l’anglais par Claire Malraux, Gonthier, 1951, p. 141.
*** Cioran, Le Crépuscule des Pensées, traduit du roumain par Mirella Patureau-Nedelco, in Œuvres, Gallimard, « Quarto », 1995, p. 352.

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 00:00

 

Dans sa préface aux Poésies de François Villon, Tristan Tzara relie, par un pont enjambantcadre numero 1 l’âge classique, Villon et Baudelaire, le Moyen-Âge et le romantisme tardif, chez lesquels Tzara identifie un même « drame de l’adolescence », teinté de vigueur insurrectionnelle et de religiosité primitive. S’il parle de poésie, Tzara parle ici aussi de son pays d’origine, la Roumanie, dont l’histoire fit l’économie des Renaissance, Préciosité et autres Lumières, pour passer en un bond vertigineux directement de son Moyen-âge byzantin à une modernité par ailleurs largement francophile (francopare ? francoïde ?), des chroniques de Grigore Ureche au lyrisme d’Eminescu, puis du jeune Cioran… Quand elle ne puisa pas dans ses généreuses ressources folkloriques, la littérature roumaine déversa sa jeunesse, dès la fin du XIXe siècle, dans une modernité dont la littérature française pouvait encore constituer l’avant-garde ; vint ensuite le terrible frein communiste (1945-1989), que personne, pas même Dada, n’aurait pu prévoir ; mais la belle et fraîche langue roumaine s’en est sortie intacte, tovarasi, camarades !, et la littérature continue, vingt ans après la mort de Ceausescu, plus que jamais. « Le Roumain est né poète » (c’est devenu un cliché), mais contre vents et marées, par-delà influences linguistiques et censures idéologiques, ce poète a su grandir, et le voici dramaturge, romancier, philosophe - le voici toujours, ce poète, et si l’horizon qu’il contemple depuis son delta du Danube se compose bien des mêmes eaux européennes que l’on retrouve, au terme d’une longue boucle enrobant le continent, sur les bords de l’estuaire de Seine, voici aujourd’hui, pour ce parcours entre Seine et Danube, un nouveau navire : une revue.

Seine et Danube - nouvelle série, revue dirigée et réalisée par les traducteurs membres de l’Association des Traducteurs de Littérature Roumaine (A.T.L.R.), propose ainsi des textes littéraires et philosophiques traduits du roumain, méconnus ou inconnus dans le monde francophone, répartis en quatre sections : Poésie, Théâtre, Prose, Essais. Selon son double objectif de promotion et d’anthologie perpétuelle de la littérature roumaine, Seine et Danube privilégie les auteurs contemporains sans exclure les auteurs classiques. Toutes les traductions publiées sont inédites.

Seine et Danube - nouvelle série : c’est l’occasion pour nous de rendre hommage à ce qui restera la première Seine et Danube, l’élégante revue noire et rouge parue entre 2003 et 2005 chez l’Esprit des Péninsules (avec Éric Naulleau), puis chez Paris-Méditerranée (avec Michel Carassou), sous la houlette de Dumitru Tsepeneag ; une revue dont l’apport à la critique littéraire et philosophique roumanophile fut précieux, le temps de six numéros dont les intitulés diront assez l’importance : Cioran, Benjamin Fondane, le Surréalisme roumain, Nouvelles danubiennes, Allemands de Roumanie (quatre ans avant le Prix Nobel d’Herta Müller), et le Groupe Onirique. Nous remercions chaleureusement Dumitru Tsepeneag, qui accepta très volontiers de nous confier un si beau nom, Seine et Danube (trouvaille de Michel Deguy), lorsque les membres de l’Association des traducteurs de littérature roumaine conçurent, avec Magda Cârneci et l’Institut Culturel Roumain de Paris, le projet d’une nouvelle revue francophone consacrée à la littérature roumaine.

En terme de célébrités littéraires roumaines, ce premier numéro de Seine et Danube - nouvelle série n’est pas en reste. Trois grandes figures du XXe siècle y apparaissent ainsi : le poète Urmuz (1883-1923), fulgurant précurseur des dadaïstes, des surréalistes, voire d’un Eugène Ionesco, Urmuz dont on lira ici deux nouvelles poétiques et drolatiques, « l’Entonnoir et Stamate » et « Ismaïl et Turnavitu », bel aperçu de la vigueur étrange de cette prose poétique assurément unique en son genre ; le philosophe Constantin Noica (1909-1986), issu de la «génération 30 » d’un Eliade ou d’un Cioran, initiateur d’une pensée vaste et originale, composant avec une vive imprégnation hégélienne et avec une remarquable sensibilité à la dimension ontologique propre à la langue roumaine, Noica dont on lira ici un extrait du Journal philosophique (1949), stimulant hapax aphoristique au sein d’une œuvre reconnue comme la plus importante du domaine philosophique roumanophone ; enfin, la poète et romancière Ana Blandiana (née en 1942), par ailleurs figure politique remarquée de la dissidence sous l’ère de Ceausescu, auteur d’une œuvre inspirée, doucement lyrique et humblement humaniste, Ana Blandiana dont on lira ici un extrait du Tiroir aux applaudissements (1992).

Ce premier numéro de Seine et Danube n’en affiche pas moins l’une de ses intentions primordiales : donner à lire des auteurs majeurs du répertoire contemporain, injustement méconnus ou inconnus en France. Il s’agira ici, pour le théâtre, de Teodor Mazilu (1930-1980), avec Il fait beau en septembre à Venise, jolie saynète amoureuse et absurde ; et d’Alina Nelega (née en 1960), avec des fragments de son intense monologue féminin Amalia respire profondément. Quant à la prose, Ion D. Sîrbu (1919-1989) descend dans les sous-sols grotesques d’un théâtre de hideuse propagande, dans un chapitre de son roman Adieu, l’Europe ! ; le regretté Damian Necula (1937-2009) plonge le lecteur de sa nouvelle «No pasaran !... » dans la misère glaciale et policière d’un hiver à Bucarest à l’époque communiste ; et Radu Aldulescu (né en 1954) déroule dans son Épopée d’une contrée fraîche et verdoyante un scénario décalé, âpre et sombre, des ébats révolutionnaires de 1989 à Timisoara. À quoi s’ajoutent deux voix poétiques : Sorin Marculescu (né en 1936), à travers trois hymnes métaphysiques, intègres et sinueux, orientés par-delà vide et chaos vers l’être ; et le jeune Cosmin Perta (né en 1982), dressant ici le constat sensoriel d’un fils gagné par la mort dérisoire du monde et par la folie concave des maigres survivants.

Paraphrasons encore Tzara : chaque écrivain remet en cause la littérature. Hétérogène et souvent novatrice, partant fragile, la littérature roumaine n’épargne pas à sa noble vitalité les coups parfois durs que la (post-)modernité aime à porter contre elle-même comme contre tout endormissement esthétique bourgeois ; poussant aussi l’audace jusqu’à l’humour, elle se propose une aventure non moins périlleuse que la littérature universelle dans son ensemble, tissue de souffrance et de cruauté. Espérons que Seine et Danube saura l’accompagner quelques temps dans cet état extraordinaire, son perpétuel status nascendi.


                                                                                                   Nicolas Cavaillès

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Présentation

  • : Revue Seine & Danube
  • Revue Seine & Danube
  • : Seine & Danube est la revue de L'Association des Traducteurs de Littérature Roumaine (ATLR). Elle a pour but la diffusion de la littérature roumaine(prose, poésie, théâtre, sciences humaines)en traduction française.
  • Contact

Parutions récentes :
•Mircea Cărtărescu a réécrit son mythique poème Le Levant en l’adaptant partiellement en prose. Nicolas Cavaillès s’est attelé à la tâche, les éditions POL l’ont publié : il est paru en décembre dernier.
•Le recueil de poèmes de Doina Ioanid est enfin en librairie. Boucles d’oreilles, ventres et solitude, dans la traduction de Jan H. Mysjkin est paru en novembre aux éditions du Cheyne.
Esclaves sur Uranus de Ioan Popa est paru début décembre aux éditions Non Lieu dans la traduction de Florica Courriol. Le lancement, en présence de l'auteur, le 11 décembre à la librairie l'Âge d'Homme a rencontré un beau succès. A lire, un article dans Le Monde des Livres, dernier numéro de décembre 2014.
L’anonyme flamand, roman de Constantin Mateescu est paru en décembre aux éditions du Soupirail, dans la traduction de Mariana Cojan Negulescu. Suivez les déambulations du professeur taciturne dont c’est l’anniversaire : le roman retrace cette journée de sa vie entre réflexions et souvenirs de sa femme aimée.
• Max Blecher eut une vie très courte mais il a laissé une œuvre capitale. Aventures dans l’irréalité immédiate vient d’être retraduit par Elena Guritanu. Ce texte culte est publié avec, excusez du peu, une préface de Christophe Claro et une postface de Hugo Pradelle. Les éditions de l’Ogre ont fait là un beau travail car elles publient sous la même couverture Cœurs cicatrisés, le deuxième des trois seuls romans de cet auteur fauché par la maladie en 1938.
• L’hiver 2014-2015 est décidément très riche en livres exceptionnels : Les vies parallèles, nouveau livre de Florina Ilis, sort le 15 janvier aux éditions des Syrtes dans la traduction de Marily le Nir. Le talent de la romancière fait revivre les dernières années du poète Mihai Eminescu devenu fou. Le roman déploie devant nos yeux toute la société roumaine à travers ce qu’elle pense et dit du poète national utilisé à toutes les fins politiques et idéologiques. Plongez dans la vie de ce poète romantique.
•La célèbre poétesse Nora Iuga a écrit un court roman intense et beau, La sexagénaire et le jeune homme que nous avions annoncé ici. Il est paru aux éditions Square éditeur. A découvrir d’urgence.

 

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... des traducteurs invités

Faustine Vega

L'ATLR, c'est quoi?

L'Association des traducteurs de littérature roumaine (loi 1901) a été fondée à Paris en décembre 2006.  Son objet est de favoriser la diffusion de la littérature roumaine en langue française par tout moyen.  Son siège social est situé à  l'Institut Culturel Roumain de Paris.sigle atlr

L'ATLR a organisé en avril 2008 à Paris les Premières rencontres internationales de traducteurs de littérature roumaine. Ces deux journées d'ateliers ont réuni 17 traducteurs littéraires de 18 pays.

La revue Seine&Danube, nouvelle série, a vu le jour en janvier 2010. Deux numéros ont paru sous la houlette de Nicolas Cavaillès, son premier rédacteur en chef.

Seine&Danube est le résultat du travail de tous les membres de l'association.

Président : Dumitru Tsepeneag

Secrétaire : Laure Hinckel

Trésorière: Mirella Patureau