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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 00:00

boiaNé en 1944, Lucian Boia est un historien des idées et de l’imaginaire, un essayiste roumain dont l’œuvre est abondante, écrite directement en français ou bien en roumain, chez l’éditeur de référence en matière de sciences humaines, Humanitas. À Bucarest, il dirige le Centre d’Histoire de l’Imaginaire. Ses recherches concernent l’histoire des idées et de l’imaginaire. Il mène des investigations poussées sur une large variété de mythes contemporains, de la vie extraterrestre à la fin du monde ; du communisme au nationalisme et à la démocratie.

 

Les pièges de l’histoire - Les élites intellectuelles roumaines entre 1930 et 1950, traduit par Laure Hinckel, éd. Les Belles Lettres, 2013.

Quand les centenaires seront jeunes : L'imaginaire de la longévité de l'Antiquité à nos jours, Les Belles Lettres, Paris, 2006.

Jules Verne : Les paradoxes d'un mythe, Les Belles Lettres, Paris, 2005.

L'homme face au climat : l'imaginaire de la pluie et du beau temps, Les Belles Lettres, Paris, 2004.

Le mythe de la démocratie, Les Belles Lettres, Paris, 2002.

La Mythologie scientifique du communisme, Belles Lettres, 2000.

Pour une histoire de l'imaginaire, Les Belles Lettres, Paris, 1998.

Entre l'ange et la bête: le mythe de l'homme différent de l’Antiquité à nos jours, Plon, Paris, 1995.

La fin du monde, une histoire sans fin, La Découverte, 1989.

L'exploration imaginaire de l'espace, La Découverte, 1987.

 

Retrouvez Lucian Boia au Salon du livre :

Samedi de 10.00h à 12.00h Ecrire la Shoah, avec Andrei Oisteanu, dans l'Agora du CNL

Dimanche de 16.30h à 17.30h Dracula, entre mythe et réalité, Modérateur : Raymond Clarinard, avec Matei Cazacu sur la Grande Scène

 

Le "plus" de Seine & Danube, un extrait : 

"Il sera difficile de trouver un autre pays que la Roumanie qui soit passé par autant de régimes politiques en une seule décennie. Une relative démocratie jusqu’à la fin de l’année 1937. Le régime personnel du roi Carol II, de février 1938 à septembre 1940. L’État national-légionnaire de septembre 1940 à janvier 1941. Le pouvoir concentré dans les mains du Conducator, le général (puis maréchal) Ion Antonescu (déjà associé aux légionnaires dans les mois précédents), de janvier 1941 à août 1944. Une courte étape démocratique (avec ses limites, d’ailleurs) d’août 1944 à février 1945. Le gouvernement de Petru Groza, communisant, de mars 1945 à la fin du mois de décembre 1947. Et, le 30 décembre 1947, avec la proclamation de la république populaire de Roumanie, l’entrée de plain-pied dans un système communiste. En seulement dix années, une succession de sept régimes, couvrant tout l’éventail politique et idéologique, de l’extrême droite à l’extrême gauche et de la démocratie au totalitarisme.

Aujourd’hui nous connaissons le dénouement de chacun de ces régimes. Les hommes d’alors n’en avaient aucun moyen. Lors des célébrations des dix ans de la « Restauration », le 8 juin 1940, le régime de Carol II semblait destiné à durer : il n’avait plus que trois mois devant lui.  Les légionnaires prirent le pouvoir dans le pays  pour y rester et pour tout changer ;  l’Histoire ne leur accorda que quatre mois. Beaucoup croyaient, au contraire, que le régime communiste ne résisterait pas ; finalement, c’est vrai, il s’en est allé, mais il aura duré presque autant qu’une vie d’homme."

Les pièges de l'Histoire - Incipit


 


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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 00:00

CaptureNée en 1942 près de Timişoara, Ana Blandiana est une poétesse dont l’œuvre est emblématique d’une littérature entre les tensions de l’oppression et une tradition vive de créativité. Auteur d’une œuvre délicate publiée mais presque totalement méconnue en français, en dépit de sa notoriété de femme engagée auprès de la société civile, Ana Blandiana est aussi l’auteur d’un roman polyphonique (inédit) sur les conditions de la création littéraire dans une société fermée et totalitaire. Après la publication de son premier poème paru sous le pseudonyme d’Ana Blandiana, elle fut dénoncée comme « fille d’un ennemi du peuple » et empêchée de s’inscrire à la Faculté pendant quatre années consécutives. Après ce faux départ imposé par le régime communiste, elle se réinscrit en 1963 à la Faculté de philologie de Cluj et publie, en 1964, son premier recueil de poèmes au titre annonciateur de ses engagements futurs : La Première personne du pluriel. Ana Blandiana crée en 1990 l’Alliance civique, maillon essentiel dans la vie de la « polis » après la chute de la dictature. Elle fonde également le Mémorial des Victimes du Communisme et de la Résistance, à Sighet (nord de la Roumanie). Elle a été traduite dans de nombreuses langues.

Les saisons, nouvelles traduites par Muriel Dimitriu, éd. Le Visage vert, 2013.

Autrefois les arbres avaient des yeux, poèmes traduits par Luiza Palanciuc, éd. Librairie Bleue, Troyes, 2005.

Clair de mort, poèmes traduits par Gérard Bayo, éd. Librairie Bleue, Troyes, 1996.

L’architecture des vagues, poèmes traduits par Hélène Lenz, éd. Les ateliers du Tayrac, Saint-Jean-de-Bruel, 1995.

Étoile de proie, poèmes traduits par Hélène Lenz, éd. Les ateliers du Tayrac, Saint-Jean-de-Bruel, 1991.

Retrouvez Ana Blandiana au Salon du livre :

Samedi de 14.00h à 15.00h La poésie derrière le Mur Modérateur Jean-Pierre Siméon (Directeur du Printemps des Poètes), avec Dinu Flamand, Ion Muresan et Mircea Dinescu sur le Pavillon roumain

Dimanche de 12.00h à 14.00h GRAND ENTRETIEN Poésie et mémoire, dans l'Agora du CNL

Dimanche de 17.30 à 18.30h Les écrivains dans la cité - De la dictature à la démocratie avec Andrei Plesu et  Gabriela Adamesteanu, sur la Scène des auteurs

Le "plus" de Seine & Danube, un extrait :

"Ce qui m'a toujours fait défaut, c'est ce que, couramment, on appelle la mémoire, cette faculté de tout enregistrer sans discernement, cette attention continuelle qui permet de se souvenir, dix ans plus tard, de la phrase, banale, que votre voisin de table a prononcée entre la poire et le fromage. Je ne suis jamais totalement présente où que ce soit et c'est pourquoi, même si sur le moment je suis capable de participer à une discussion comme si j'y prenais réellement part, au bout de quelques heures je ne suis plus capable d'en rien reproduire, j'ai besoin de faire un effort simplement pour me souvenir qu'une discussion a bien eu lieu." 

Les Saisons - Incipit

 


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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 00:00

lapinsŞtefan Baştovoi est né en 1976 à Chişinau, dans ce qui était à l’époque la république Socialiste soviétique Moldova. Son père était professeur de philosophie et surtout, propagandiste de l'athéisme scientifique. Le jeune auteur a été ancré dans les conceptions de son père jusqu'à son entrée dans les ordres. Au lycée, il est interné sur demande d’un de ses enseignants, dans un hôpital psychiatrique où il écrit les poèmes du recueil Un Valium pour Dieu qui le consacre comme poète. À partir de 1993, il publie de la poésie, des récits, des extraits de roman, des essais et des articles dans les revues littéraires les plus importantes de Roumanie et de Moldavie. Entre les années 1996 et 1998, il est étudiant de la Faculté de Philosophie de l'Université de l'Ouest à Timişoara, cursus qu'il abandonne. En 1999, il reçoit la tonsure monacale et prend le nom de Savatie. Le 28 octobre 2000, il est ordonné diacre puis, en 2002, prêtre. Il vit aujourd'hui au Monastère de la Nativité du Christ, situé dans la région sécessionniste de Transnistrie.

 

Les Lapins ne meurent pas, traduit par Laure Hinckel, éd. Jacqueline Chambon, 2012.

 

Retrouvez Savatie Baştovoi au Salon du livre :

Vendredi de 12.00h à 13.00h La Roumanie des anges Modérateur : Cristian Badilita, avec Jean-François Colosimo, Andrei Plesu et Bogdan Suceava sur la Pavillon roumain

 Vendredi de 18.00h à 20.00h Une mosaïque d'identités, avec Varujan Vosganian et Eugen Uricaru, dans l'Agora du CNL

 Samedi de 12.00h à 13.00h Ecrire pour changer son destin Moderateur Nicolas Gary (redacteur en chef, Actualitté.com), avec  Radu Aldulescu et  Marius Daniel Popescu, sur le Pavillon roumain

 

Le "plus" de Seine & Danube, un extrait : 

"Le défilé, c’était l’affaire de toute l’école. Il y avait une collecte pour acheter les ballons. Il y en avait à trois, à cinq et à dix kopecks. Il y en avait des longs en forme de vagues et avec un tété au sommet, qui ressemblaient  à  vous-savez-quoi  et  qui  nous  faisaient rigoler, nous autres, les garçons. Mais les filles encore plus. Il y avait aussi des ballons plus petits, mais ronds. Ceux-là étaient plus beaux, parce qu’ils ressemblaient à un ballon de football et qu’on pouvait jouer avec.

Mais  les  encore  plus  beaux  étaient  ceux  à  dix kopecks, parce qu’ils étaient grands et ovales. Et je crois  qu’il  y  avait  aussi  des  ballons  beaucoup  plus chers,  puisque  certains enfants  en  avaient  des  encore plus grands, j’en ai vus. Ceux-là, je ne savais pas où  on  les achetait.  Nous,  on  croyait  qu’ils  étaient à vendre seulement pour la fille de Véra Ivanovna, parce qu’il n’y avait qu’elle qui en avait, des ballons pareils." 

Les Lapins ne meurent pas - Incipit

 

 


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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 00:00

Né en 1954 à Bucarest, Radu Aldulescu ne publie rien durant toute la période communiste qu’il passe à l’écart des milieux littéraires et il devient ensuite un auteur prolifique. Depuis son premier 1361549308 Amant de la Veuve zoomroman, Sonate pour accordéon publié en 1993, l’auteur a écrit sept autres romans aux titres évocateurs et au style marqué par une belle oralité sur un fond réaliste et cru.  Son deuxième roman, Amantul colvaresei, publié en Roumanie en 1996, est le premier à être traduit et il est publié en France sous le titre L’Amant de la veuve, en 2013. En dépit de ses succès d’estime, l’auteur a continué jusqu’à récemment à travailler à l’usine ou sur des chantiers. Radu Aldulescu est considéré comme l’un des écrivains les plus importants depuis 1990.

L’Amant de la veuve, traduit par Dominique Ilea, éditions des Syrtes, 2013.

 

 

 

 

 

Retrouvez Radu Aldulescu au Salon du livre :

Vendredi de 12.00h à 14.00h La langue, ultime liberté, avec Florina Ilis et Doina Ioanid dans le Salon littéraire du CNL

 Samedi de 12.00h à 13.00h  Ecrire pour changer son destin  Moderateur Nicolas Gary (redacteur en chef d'Actualitté.com), avec Marius Daniel Popescu et Savatie Bastovoi sur le Pavillon roumain

Dimanche de 14.00h à 15.30h Comment écrire une femme? Modérateur Laure ADLER, avec Marta Petreu, Magda Carneci et Dan Lungu, sur le Pavillon roumain "

 Le "plus de" Seine & Danube, un extrait :

 "Elle lui caressait la tempe comme une mère, pendant qu’il couvrait de baisers sa main de mère et l’embrassait au front comme une enfant, tout en la désirant, buvant son visage pur et brillant comme un sou neuf, s’imprégnant de son corps pur et beau, dont il ne s’était toujours pas lassé, même s’il s’était acharné à retourner […] le corps de toutes les femmes qui avaient croisé son chemin, de plus en plus impatient et désespéré, à mesure qu’il s’épuisait à ne pas la retrouver. Elle était la mère et l’enfant de ce père-fils éreinté, fouillant à sa recherche dans la saleté de ce monde. Elle était la Veuve à Colivaru."

 pp.68-69


 


 

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 00:00

situation provisoireNée en 1942 à Târgu Ocna, Gabriela Adameşteanu vit et travaille à Bucarest où elle se partage entre écriture romanesque et activité journalistique. Elle débute en 1975 avec Vienne le jour, un roman qui se sera publié en traduction française qu’en 2009. Ce premier roman réaliste sur la jeunesse scrutée jusque dans ses moindres détails est un roman sans âge, celui d’une adolescence universelle. En 1983, paraît le grand roman social dont le personnage principal, la couturière Vica a marqué les esprits : Une matinée perdue publié en France en 2005 retrace cent ans d’histoire roumaine familiale. En 2013 paraît son troisième grand roman, Situation provisoire, chronique d’une intimité impossible à travers l’histoire d’un couple dans un pays totalitaire.

Situation provisoire, traduit par Nicolas Cavaillès, éd. Gallimard, 2013.

Vienne le jour, traduit par Marily Le Nir, éd. Gallimard, 2009.

Une matinée perdue, traduit par Alain Paruit, éd. Gallimard, 2005.

 

 

Retrouvez Gabriela Adameşteanu au Salon du livre :

Vendredi de 14.30hà 16.00h Est-Ouest: des retrouvailles littéraires Modérateur : Nicolae Manolescu, avec Mircea Cartarescu, Dinu Flamand et Pascal Bruckner, sur la Scène des auteurs 

Vendredi de 16.00h à 18.00h GRAND ENTRETIEN Intime société : Gabriela Adamesteanu, dans le Salon littéraire du CNL 

DÉDICACES : samedi 23 mars de 16h30 à 17h30  sur le Stand Gallimard

Dimanche de 12.00h à 13.00h, Gabriela Adamesteanu dialogue avec Carmen Riera, sur le Stand de l'Institut français

Dimanche de 17.30 à 18.30h Les écrivains dans la cité - De la dictature à la démocratie, avec Ana Blandiana et Andrei Plesu,  sur la Scène des auteurs

 


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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:09

Laissez-vous séduire!

 

 

Sur Seine & Danube, pas de thème prédéfini mais des envies et des propositions.numéro4 Seine & Danube fonctionne à la séduction, un carburant très fort. Les coups de cœur des uns et des autres deviennent les découvertes de tous – grâce à cette revue. Car le traducteur est souvent celle ou celui qui écorce le premier le bel arbre du texte. Il fait même plus, il s’insinue entre la chair et l’écrin, il épouse, le temps d’une traduction, la pulsation du texte. Et en grand gourmand généreux qu’il est, il partage aussi, bien entendu, le fruit de son travail. 

Confier une traduction à une revue – fut-elle une revue amie, une revue outil, une revue vitrine – n’est pourtant pas forcément facile. « Ai-je bien choisi mon extrait ? », « N’ai-je pas laissé trop d’aspérités ? » ou à l’inverse, « N’ai-je pas trop trahi l’original ? », « Mon français ne s’est-il pas relâché à la fin du passage » ou au contraire, « Ai-je bien entendu, dès les premiers mots, la voix souterraine de ce texte ? », « Ai-je bien respecté le niveau de langue ? », « Et puis, ce travail, est-ce qu’il sera lu par quelqu’un ? Par un éditeur ? Et si ma présentation de l’auteur n’était pas assez « vendeuse » ? En même temps, ce que je propose là, c’est autre chose qu’un dossier de traduction porté dans une maison… »

Les affres du traducteur qui s’apprête à appuyer sur la touche « envoi », je les connais et de les comprends. Quand j’ouvre mes petites enveloppes en pixel, je pense à eux, les traducteurs autant qu’à vous, nos futurs lecteurs. C’est à ce moment-là de l’ouverture des messages reçus que le carburant de séduction travaille à son plus haut rendement.

Il y a un côté magique dans cette étape où les désirs des traducteurs voyagent dans l’éther pour atterrir dans la boîte email de la revue. « Bonjour revue », me dit l’anonyme interface planétaire… et c’est un jeu de petites enveloppes que j’ouvre les unes après les autres : une note biographique, une photo, une présentation, une traduction. Le désir de séduire est là, il vient à la rencontre de celui ou, en l’occurrence, de celle qui ne demande qu’à être transportée, déplacée de son axe pour respirer un autre air, plus pur : c’est en résumé le rapport entre le séducteur et la personne séduite, nous apprend Gabriel Liiceanu dans l’essai De la séduction qu’il consacre… à chacun de nous – en effet, qui peut se targuer de s’être toujours tenu hors de portée de toute séduction ? Nous avons tous été pris au jeu de pouvoir de cette séduction qui signifiait initialement "emmener à part"...

Car la séduction est peu ou prou la vie elle – même.

Dans sa forme la plus noble, la séduction est une histoire d’enseignement et de progression de la personne. Cette expérience, nous la partageons en lisant la nouvelle d’Ovid. S. Crohmalniceanu : on est à la fois tiré de soi-même, élevé et pour tout dire, séduit par le casse-tête de la topologie des quatre couleurs… résolu par les élèves d’un vieux prof de géométrie qui y aura laissé sa jeunesse. Ici, la séductrice est la connaissance et la personne séduite est le chercheur.

De Peter Kerek, dramaturge, nous publions un scénario-film intitulé 9° à Paris. Cette forme théâtrale inédite nous rappelle que le séduire est omniprésent dans nos sociétés. Le théâtre est ô combien un lieu de séduction... et de pouvoir. Ici, il y a double emprise du séducteur (l'auteur) sur le spectateur (séduit) car le personnage unique de cette pièce apparaît  aussi bien sur un écran placé en fond de scène que, là, sous nos yeux, sur la scène. 

C’est un autre type d’attraction qu’évoque Doina Ioanid dans ses Poèmes de passage : « Ma chair se languit. Touche-moi comme si tu ne me connaissais pas, comme si tes doigts ne savaient pas encore dessiner le contour de mes cuisses ! Touche-moi comme si tu n’avais pas appris à me défaire en rêve, comme si le soleil ne devait plus jamais se lever ! » Monica Salvan, qui a donné ses mots à la poétesse est pour la première fois invitée dans nos pages. On lui souhaite la bienvenue.

Les petites enveloppes en pixel se sont ouvertes aussi sur la jeunesse d’Eugène Ionesco, car le  coup de cœur de Virgil Tanase en cet automne 2011 est l’essai de référence que l’académicien Eugen Simion consacre au génie français d’origine roumaine.

Autre rencontre passionnée, celle de la toute jeune Gil Mésange qui prête sa plume (oui, je sais, l’effet était facile) au tout aussi jeune romancier Ovidiu Pop : il lui a confié son premier roman étonnant, intitulé Trickster. Double première :  Gil Mésange débute ici en traduction.

Incitante aussi, comme toujours, Ana Maria Sandu et son Tue-moi! au titre provocateur, dans les mots justes que lui prête Fanny Chartres. Ludique et surprenant est enfin le Zeste des choses d’Adrian Otoiu, rendu par le verbe puissant de Dominique Ilea.

 

Seine & Danube vous livre son lot de coups de cœur. Nous espérons qu’il saura vous « emmener à part » le temps d’une lecture.


Laure Hinckel

Directrice de la publication

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:08

 

Lien vers l’auteur

Lien vers la traductrice

 

Peter Kerek

Metteur en scène et dramaturge, Peter Kerek a plusieurs casquettes, il est  tout aussi ànuméro4 l’aise au théâtre qu’au cinéma ou à la télévision. Son premier « scénario-film », 9 degrés à Paris, est un essai d’écriture tout à fait original puisqu’il tente d’allier ses deux passions. Il explique sa démarche dans l’extrait qui suit, tiré d’un article publié dans Scena.ro, célèbre magazine roumain consacré au théâtre et qui, contrairement à ce que l’on pourrait supposer, paraît en version papier.

L’argumentation de Peter Kerek lui-même nous livre les clés d’une écriture qui, autrement, risquerait d’être assez déconcertante pour des lecteurs non-spécialistes.

 

Théâtre-film, une « relation idéale ? »Alina-portrait.jpg

Je me demande ce qui attire davantage, du point de vue érotique, le théâtre ou le film ? En me posant cette question, je choisirais, comme ça, à première vue, le film. Le théâtre a quelque chose de pesant. Il me fait réfléchir. Il me demande d’être profond. Il m’embrouille. Par contre, le film, a quelque chose de léger. Il me permet d’être superficiel. Il me laisse savourer mon café sur une terrasse sans rien faire. Si je réfléchis davantage, le théâtre me fait penser à une relation sérieuse, à une connaissance plus avancée, au mariage. Le film a quelque chose de fragile, il touche, il séduit, ne donne pas du tout l’impression d’avoir des intentions  sérieuses.

(...)

Peut-être, justement à cause de ça, j’ai senti le besoin de les réunir tous les deux. Mais pas n’importe comment, de manière à les avoir simultanément et dans la même histoire. Depuis longtemps j’étais hanté par la curiosité de voir comment je pourrais les joindre sans que le film devienne uniquement un instrument du spectacle de théâtre et inversement. Autrement dit, je cherchais la formule d’un spectacle construit sur un équilibre parfait, où l’on permet au film de rester du film et au théâtre de rester du théâtre. En même temps c’était clair pour moi que cette alliance ne pouvait se produire que si le film oubliait un peu qu’il est film, et le théâtre, du théâtre. Je voulais générer un mélange, un être qui n’existe que pour cette histoire que j’allais raconter, une sorte de relation idéale.

(...)

Fiction

Je suis arrivé à raconter l’histoire suivante : un soir, quelques jours après Noël, une femmeAlina salle bains d’environ 35 ans se prépare à quitter définitivement sa famille, son mari et son petit garçon de 5 ans. Elle part chez l’homme dont elle est amoureuse au point de ne plus comprendre ce qu’elle a été jusque là. C'est-à-dire depuis qu’elle vit avec son mari actuel. (...)  Par conséquent, lorsqu’elle rentre à la maison elle commence à préparer son départ sans aucun remords, aucun sentiment de culpabilité, sa seule préoccupation est de laisser tout en ordre derrière elle, de sorte que le mari et le garçonnet soient « contents ». Cependant au fur à mesure qu’elle commence à préparer le départ « parfait », les choses se compliquent et échappent progressivement à son contrôle. Au final, après les 56 minutes,  nous la voyons sortir par la porte sans savoir exactement si elle va quitter sa famille ou non.

La formule

Le spectacle raconte, en temps réel, l’histoire des dernières 56 minutes que cette femme passe chez elle, seule, avant de partir, et le spectateur peut suivre  le déroulement  simultanément, à travers deux perspectives différentes : celle du théâtre d’un côté, et celle du film, de l’autre.

La perspective du film

Contrairement à ce que j’ai dit au début, j’ai choisi le film pour décrire la réalité de la femme dans sa maison. C'est-à-dire que le film devenait le monde du mariage, « la partie du mari ». Le film la décrit au moment où elle entre dans la maison. On voit de quoi elle a l’air, comment elle est habillée, comment elle marche, la maison où elle habite et les actions qu’elle fait dans cette maison ; comment elle mange, comment elle lave, enlève ses chaussures, redresse le sapin de Noël, etc.

On pourrait dire alors que le théâtre sait tout aussi décrire, où est le problème ? Certainement, mais le théâtre le fait autrement. Au théâtre, la femme qui apparaît peut se transformer n’importe quand en un homme ou en un autre personnage.  Le théâtre a toujours une relation plus ambiguë avec la réalité, laisse toujours une place à l’interprétation, à la suggestion, à la fantaisie. Un pot de fleurs peut être à tout moment une forêt. Le théâtre est plutôt un jeu avec la réalité, au théâtre les choses ne sont pas, elles peuvent être.

Par contre, le film ne joue pas avec la réalité, il la prend telle qu’elle est. La table est une table, la forêt est une forêt, indifféremment de leur traitement stylistique.  Dans le film, les différences apparaissent au-delà de ce fait et tiennent de l’art et du style de chaque réalisateur.

Mais le film ne s’est pas contenté de son rôle descriptif  et il a commencé à exiger davantage. Pourquoi ? Parce que tout simplement il avait à dire plus qu’une simple description. Il refusait de se laisser enfermer dans un tiroir, d’être uniquement « le mariage et la famille ». Il me faisait comprendre que ce qu’il montrait n’était pas uniquement ce qu’on voyait, mais beaucoup plus. Et il commençait vraiment à exprimer davantage que ce que je croyais qu’il était, ou pouvait être. Il essayait de me convaincre que le simple fait de laver une baignoire est beaucoup plus. C’est une position du corps, une énergie, un rapport à la maison, avec la vie. Chez cette femme qui lavait, il y avait quelque chose qui se cachait, quelque chose qui méritait d’être suivi et écouté. Et c’est ainsi que commença tout un combat dans lequel le film demandait davantage d’espace, davantage de son, autrement dit, il demandait de laisser de côté le théâtre.

La perspective du théâtre

Si le film reprenait le rôle d’une réalité extérieure, elle dans la maison familiale, autrement dit le rôle du mari, le théâtre jouait le rôle de la réalité intérieure. C'est-à-dire, la femme au-delà ou en dehors de la famille, autrement dit le rôle de « l’amant ».

A la différence du film, le théâtre ne peut pas se permettre le luxe de décrire. Le théâtre oblige de venir vite avec du contenu, de la tension, de l’énergie. Pour cette raison, mon impression est que le théâtre travaille davantage sur la verticale,  de l’intérieur vers l’extérieur, tandis que le film fonctionne plutôt sur l’horizontale, à l’inverse du théâtre, de l’extérieur vers l’intérieur.

Mais, tout comme le film, le théâtre ne s’est pas laissé enfermer dans un tiroir. Il n’était pas disposé à accepter uniquement le rôle de « monde intérieur ». Il voulait davantage, il demandait une extériorisation de plus en plus forte, il aspirait vers le mouvement, vers une réalité de plus en plus complète, il voulait montrer comment il pouvait faire. Autrement dit, il n’était pas du tout disposé à céder la scène au film.

 

Peter Kerek, « Théâtre-film, une relation idéale ? », dans Scena.ro, n° 14, juillet/août/septembre 2011,  Bucarest, pp. 51-52

 

 

 

9° à Paris

Un scénario de théâtre-film

de Peter Kerek

 

 

 

 

ExtraitAlina grand evran 2

 

Gabriela – une femme d’environ 35 ans

Le texte en caractères gras décrit l’action du film. L’action est vue par les spectateurs sur un écran de projection sur le mur du fond. Le texte en caractères romains est dit sur scène par l’actrice.

L’actrice du film et celle qui est sur scène sont jouées par la même personne.

Vue en plongée d’un escalier, qui descend vers la porte d’entrée de la maison. Autour de la rampe, une guirlande de loupiotes rouges qui scintillent par intermittence. Un chat noir attend devant l’entrée. Une femme entre par la porte.

Elle est en vêtements d’hiver, avec un manteau noir. Elle monte l’escalier, un sac à provisions à la main. Arrivée en haut, elle s’arrête, pose son sac par terre, devant l’entrée. Elle allume un rideau de petites lumières, qui est accroché derrière elle et entre dans l’appartement.

(La femme sur scène, qui est identique à celle qu’on voit dans le film, commence à parler.)

 

Je pars. J’ai décidé de quitter la maison.

La femme du film entre dans le bureau et allume l’ordinateur. Elle vérifie probablement ses e-mails.

 

J’ai été à la gare, je me suis acheté un billet. Je quitte mon mari et mon enfant. Je suis très heureuse. Je n’ai plus rien à perdre.

Elle sort du bureau. Passe dans le hall. En chemin, elle enlève son manteau. Entre dans la chambre à coucher et pose son manteau sur une chaise. Elle sort tout de suite de la pièce et s’engage dans un long couloir étroit, décoré par quelques tableaux et un petit serpentin de lumières blanches.

J’ai faim. J’ai très, très faim et je ne comprends pas pourquoi. Je ne devrais pas avoir faim.

 

Je me lave les mains et je vais à la cuisine manger quelque chose.

 

J’ai été à l’église. J’ai regardé les cierges. Je suis allée tout près pour sentir leur chaleur, j’avais les mains gelées.

 

Elle s’assoie sur le WC. Elle fait pipi et tire la chasse d’eau.

 

A Paris il fait 9°. On l’a dit aujourd’hui à la radio. Un peu froid pour nous, n’est-ce pas ?

 

Tandis qu’elle se lave à nouveau les mains, elle regarde le téléphone resté sur le bord de la baignoire. Elle sort de la salle de bains, dans le hall elle enlève son châle.

 

Tu penses à moi maintenant ?

 

On la voit sortant de la salle de bain. Elle vient vers l’entrée par le long couloir étroit, disparaît quelques instants et réapparaît avec le sac qu’elle avait laissé près de la porte. Elle s’éloigne dans le couloir, probablement vers la cuisine.

 

Dans cette maison ça sent le sapin. Et la poix chaude. J’ai reçu un nouveau parfum qui sent la vanille et la poix chaude. C’est un parfum très cher.

 

Elle ouvre le frigidaire rempli  de plats de fête. Des œufs farcis, des sarmale*, de la macédoine, etc. Elle choisit un plateau avec des œufs farcis, une assiette d’olives et un bocal avec une salade de betteraves.

 

J’ai fait les dernières courses. J’ai acheté du yaourt et un kilo de pommes. Peut-être, j’aurai dû leur acheter quand même quelque chose de plus consistant.  De la viande, des ailerons et des cuisses de poulet, des foies de volaille, beaucoup de viande, un poulet entier, deux poulets, du porc, du veau, du steak haché, des « mititei », du fromage de tête, du boudin... C’est ça que j’aurai dû acheter, beaucoup de viande, des saucisses, de la viande pour une grillade, de la nourriture pour un grand départ, définitif. Là, ils diront que je suis partie en laissant le frigo vide.

 

Elle pose les assiettes sur la table et mange tranquillement. On ne voit pas son visage, on regarde uniquement la nourriture et ses mains. Le portable près de l’assiette sonne.

 

J’ai laissé la voiture au garage. Je veux lui laisser la voiture avec le plein d’essence. Je veux laisser tout en ordre parfait derrière moi. Partir et les savoir contents.

 

Je suis quand même montée un instant dans la voiture, je ne sais pas pourquoi, pour voir probablement si tout était en règle et je suis restée sur le siège, les mains sur le volant, sans rien faire. Je regardais par le pare-brise la porte du garage. J’ai regardé ainsi jusqu’à ce que la lumière se soit éteinte brusquement et je ne voyais plus rien.

 

L’année prochaine, à Noël, je serai avec toi.

 

Elle se lève. Le téléphone arrête de sonner. Elle prend une feuille de papier qui est sur la table. C’est un dessin d’enfant. Sans trop l’admirer, elle le colle à côté d’autres dessins sur le mur avec du scotch, qu’elle déchire avec les dents.

 

Qu’est-ce qu’il dessine bien, mon petit garçon !

 

Elle se rassoit mais ne sort pas du cadre. On voit le mur avec les dessins et un calendrier ouvert au mois de décembre.

 

C’est mon droit de partir. C’est ma vie.

 

Elle revient dans le cadre et déplace le curseur sur la date du calendrier. Elle se rassoit sur la chaise. On reste sur le mur.

 

Aujourd’hui c’est le 27 décembre. Demain on est le 28. Vendredi le 29, samedi le 30 et dimanche le 31. Pour le Nouvel An je serai avec toi à Paris.

 

La caméra revient sur elle et on la découvre en train de manger. On la voit en gros plan.

 

J’ai vu mon visage dans la vitre de l’autobus. J’avais l’air différent de ce que je croyais. Je me vois si rarement. Elle chantonne. « Un éléphant se balançait sur une toile d’araignée et parce qu’elle ne se rompait pas... » 

 

Brusquement elle arrête de manger. Elle regarde la semelle de sa botte.

 

J’ai marché dans une merde.

Continue de chantonner. « Deux éléphants se balançaient sur une toile d’araignée et parce qu’elle ne se rompait, trois éléphants, quatre éléphants se balançaient... »

 

Elle nettoie la semelle de sa botte dans la cage de l’escalier, juste devant un placard avec des chaussures.

 

Bientôt, très bientôt. 

 

Elle s’éloigne du placard avec une botte à la main et traverse le hall, où, cette fois-ci on découvre un immense arbre de Noël décoré avec beaucoup de petites lumières.

 

A Bucarest il neige ?

 

Elle sort d’abord du cadre et on suppose qu’elle continue son chemin plus loin dans une autre pièce, mais réapparaît brusquement dans le cadre, en laissant tomber par terre la botte. Elle se dirige vers le sapin et essaie de le remettre droit.

 

« Un éléphant se balançait sur une toile d’araignée », je vais laisser une lettre pour mon mari. Il faut que je lui laisse une lettre pour tout lui expliquer. Il le mérite. Il est un si bon père. A Noël il a été si heureux, il a tellement ri. Il nous a amené nous promener au bois, il s’est laissé ensevelir dans la neige, il a fait le con, le petit chien et le loup, il nous a montré la trace de Yeti près du lac...

 

17 A. Elle prend un berlingot du sapin, défait le papier et mange le bonbon. Elle se dirige ensuite avec le papier doré vers un fauteuil.

 

Et dans la nuit de Noël nous sommes tous allés à l’église, il y avait aussi les beaux parents et mes parents, nous avons prié, nous avons allumé des cierges, nous avons chanté des chants de Noël, nous avons communié et nous avons ouvert les cadeaux. J’ai reçu le parfum qui sent incroyablement la poix et la vanille et j’étais si heureuse, je suis tout de suite allée vers lui et j’ai sauté dans ses bras et, la tête collée contre son cou si grêle, j’ai pensé que le plus beau cadeau pour moi serait qu’il meure, que mon mari meure.

 

17 B. Elle étale le papier alu sur la petite table en bois et le lisse, comme un petit miroir.


Elle est agenouillée, penchée au-dessus de la baignoire avec une botte à la main. L’eau coule à grand jet. Les murs de la salle de bains sont couverts par une mosaïque en grés en différents tons de bleu. Elle prend une éponge et un produit de nettoyage pour la baignoire, répand un liquide à l’intérieur de la baignoire et commence à la frotter avec l’éponge.

 

Oui, je vais lui écrire une lettre. C’est ce que je vais faire. Je ne peux pas partir comme ça.

 

Je vais commencer simplement : Je suis partie. Ça va lui faire mal. Il va comprendre tout de suite ce qui est arrivé et il va marquer une courte pause, uniquement un instant, un instant quand il souffrira autant que moi durant sept ans.

 

18 A. Elle s’arrête de frotter et commence à rincer la baignoire avec la douche.

 

Je laisse la lettre bien visible, sur la table de nuit. Non, je veux qu’il me cherche. Je ne sais pas pourquoi. Mais je veux qu’il traverse toute la maison,  le couloir, la salle de bain, la cuisine, le couloir, le hall...

 

Je ne sais pas comment m’habiller. Je ne veux pas partir trop élégante. Je vais me coiffer avec les cheveux tirés en arrière, comme tu les aimes, et avec le manteau rouge et des chaussures à talons hauts, pas de bottes.

 

18 B. Elle ferme le robinet et, assise au bord de la baignoire, regarde l’eau qui s’écoule.

 

Combien d’eau doit couler dans une baignoire pour y faire un trou? Car il y a bien de l’érosion,  comme une semelle de chaussure usée. Oui, c’est ainsi que le fond d’une baignoire est rongé. J’aime les baignoires où on voit la trace laissée par l’eau.

 

18 C. Elle a fini de nettoyer. Elle enlève ses bas et laisse couler de l’eau pour un bain. Elle jette des sels dans l’eau et entre les pieds dans la baignoire. Elle reste assise, en regardant ses pieds couverts par l’eau et la mousse.

 

Je vais leur faire un potage avant de partir. Je vais en faire beaucoup. Avec des boulettes de viande. Ne pas oublier de sortir l’estragon du congélateur. Je fais aussi une tarte aux pommes. Avec des pommes, des raisins secs, des amandes et de l’écorce de citron. Par dessus je fais une couche de meringue,  plus épaisse, parce qu’il aime la meringue. J’ai oublié d’acheter du lait. Je prends un bain et je vais acheter du lait. Et ne pas oublier d’arroser les plantes. Qui va les arroser à partir de demain ? C’est ça que je dois lui écrire. Je te prie de ne pas oublier d’arroser les plantes. Deux fois par semaine en hiver et chaque soir en été.

 

Je pars la nuit, non pas par peur. Je veux savoir que j’ai tout laissé en ordre.

 

A 11 h 45 je me lève, je m’habille vite dans la salle de bain et je pars. C’est tout.

 

 

18 D. Elle prend un petit jouet et le serre dans la main. Le petit canard  fait « coin-coin ». Ensuite elle le laisse tomber dans l’eau.

            Le téléphone commence à sonner dans une autre pièce.

 

18 E. Elle sort de la salle de bain, se dirigeant vers le téléphone. On suit ses pieds couverts de mousse.

 

C’est mon mari, c’est sûr. Je ne lui ai pas répondu sur le portable et maintenant il me téléphone sur le fixe. Il m’appelle chaque jour toutes les heures depuis sept ans pour savoir ce que je fais et si je ne réponds pas il panique et croit qu’il est arrivé quelque chose.

 

Elle répond au téléphone fixe. Elle est loin de nous, on la voit à peine. Pendant la conversation elle se rapproche de la caméra.

 

(Les répliques du personnage de Dan, qu’on ne voit pas dans le film sont interprétées par l’actrice sur scène. Les répliques de Gabriela sont dites par l’actrice du film. Ainsi on crée un dialogue entre la femme sur scène et celle du film).

 

DAN :

Comment vas-tu,  chère épouse ?

GABRIELA

Bien. Je suis à la maison.

DAN

C’est normal que tu sois à la maison, tu parles sur le fixe.

GABRIELA

Ah, oui, pardonne-moi, j’ai dit une bêtise.

DAN

T’inquiète. Aucun problème. Comment vas-tu ?

GABRIELA

Je pensais que si je répondais sur le mobile j’aurais pu être aussi au Brésil.

DAN

Tu crois que je n’aurai pas pigé ?

GABRIELA

Comment ?

DAN

D’après la voix.

GABRIELA

D’après la  voix ? Je ne crois pas.

DAN

Il est arrivé quelque chose ?

Gabriela

Non, il n’est rien arrivé, pourquoi ?

DAN

Je n’arrête pas de t’appeler sur le mobile et tu ne réponds pas.

GABRIELA

Comment ça, je ne réponds pas ?

DAN

C’est comme ça, je t’ai appelé trois fois. Il est arrivé quelque chose ?

GABRIELA

Je l’ai mis sur « silencieux » à l’église et j’ai oublié de le désactiver. Oui, tu m’as appelé trois fois. Il est arrivé quelque chose ?

DAN

Non, rien, David fait du patin avec de jolies filles et je bois du vin chaud...

GABRIELA

Je boirais bien moi aussi du vin chaud.

DAN

Alors viens avec nous... Nous ne sommes pas au Brésil, tu sais...

GABRIELA

Je sais que vous n’êtes pas au Brésil.

DAN

Tu ne peux pas le savoir !

GABRIELA

Je suis fatiguée, je viens d’arriver, je n’ai...

DAN

Et si on te priait, nous vous prions, Madame la Doctoresse, venez avec nous...

GABRIELA

Non...sincèrement, je ne peux plus...avec quelles filles est David ?

DAN

Elles l’ont trouvé marrant et l’ont amené un peu sur la glace, il est fou de joie, tu te rends compte, je voudrais être à sa place, mais...

GABRIELA

Non, je t’en prie, fais attention, on peut le percuter, vas y et sors-le de là, ou patines avec lui, on peut lui faire très mal.

DAN

A vos ordres, Madame la Doctoresse, on s’exécute, je finis le vin et je vais le récupérer. Sois tranquille, il ne lui arrivera rien.

GABRIELA

Merci. Ne m’en veux pas.

DAN

Tu vas bien ?

GABRIELA

Je vais bien, oui...

DAN

Comment ça s’est passé au cabinet ?

GABRIELA

Normalement, rien de spécial, je vous attends avec une soupe au poulet, chaude, prenez soin de vous, ne rentrez pas trop tard.

DAN

Au plus tard une demi heure ; à Doubaï il fait 22 degrés.

GABRIELA

22 degrés ?

DAN

Oui, j’ai regardé sur le net, écoute, si c’est comme ça je crois qu’on y va directement en maillot de bain, qu’en dis-tu ?

GABRIELA

Oui, c’est une bonne idée. Allez-y, je vous attends.

DAN

Je t’aime.

GABRIELA

Moi aussi je t’aime.

 

Elle dit la dernière réplique très près de la caméra, le visage près de nous. Elle raccroche et se dirige vers le fond du couloir pour reposer le récepteur sur son support. Après avoir reposé le téléphone, elle sort du cadre. On l’entend d’abord tousser, ensuite on entend des pas rapides et elle se met à vomir, quelque part dans le living. Elle sort du living, réapparaît en passant devant la caméra pour quelques instants ensuite on la perd à nouveau dans la salle de bain.

 

(La femme sur scène ne dit rien)

 

Elle revient de la salle de bain avec une bassine rouge, un spray et un chiffon. Elle va dans la chambre pour nettoyer par terre. Tandis qu’elle nettoie on ne voit que ses pieds et on entend les bruits du nettoyage et du spray.

 

(L’actrice sur scène commence à parler)

 

Je suis allée à l’agence de voyage, je leur ai dit que mon mari et mon fils vont partir en vacances, que, malheureusement, moi je suis obligée de renoncer parce que ma mère est malade et je dois m’occuper d’elle. Pourquoi ne me suis-je pas tue ? Personne ne m’a demandé d’explication.

 

J’ai parlé à ma mère au téléphone. Elle m’a dit que chez eux, il pleut.

 

C’est moi qui ai voulu cette maison.

C’est moi qui ai choisi ces meubles.

Il y a si peu de temps.

Mon mari est très rationnel.

Je ne suis pas moi-même, je ne l’ai jamais été dans cette maison.

Je suis une femme bien rangée. Ce n’est pas de ma faute. J’ai été élevée comme ça.

 

Après avoir fini de nettoyer, elle ramène tout dans la salle de bain. Ensuite, elle revient dans le living. Elle prend une mandarine sur un plateau, s’assied par terre, le dos appuyé contre la table et commence à manger la mandarine.

 

Vous savez comment je mange les pêches ? J’en mange trois à la fois. Mais j’en achète sept. La première, je n’en mange que la peau, la deuxième, je la casse en deux, je lui enlève le noyau et je suce la pulpe collée au noyau.

 

L’homme chez qui je pars est comme un noyau de pêche, c’est pour ça que je l’aime.

 

Et je l’aime parce qu’il me fait me sentir belle.

 

Parce qu’on fait l’amour dans la lumière et que je n’ai pas honte de moi, de mon corps.

 

Hier j’ai vu un écureuil sur la neige et j’ai pensé à lui.

 

Je ne prendrai rien avec moi. Je m’en vais sans bagages. Je n’emporte rien avec moi.

 

Des gâteaux, du chocolat, des champignons, des fruits de mer, du poisson.

 

Elle se lève, sort du living et disparaît dans la salle de bains. Brusquement, on la voit frontalement, se lavant les dents.

 

Entre dans la chambre à coucher. Elle cherche parmi les CD, en choisit un, le met dans le lecteur et appuie sur play.

 

Je veux embrasser tes pieds, serrer ta nuque, la caresser, te regarder prendre ton bain, comment tu tousses, comment tu montes à vélo, comment tu te mets en colère, je veux qu’on s’assoie à table et que je boive le café le plus cher, et que je te raconte des choses que tu n’écoutes pas parce que tu penses à autre chose, je veux t’attendre, et que tu sois en retard et que je m’inquiète, et que je saute dans tes bras lorsque finalement tu apparais et que je vois qu’il ne t’est rien arrivé.

Je veux t’appeler et que tu n’aies pas ton téléphone avec toi.

Et que je sois désespérée et inquiète.

Que tu rentres à la maison et que je sois là.

 

On entend la mélodie “With or without you “.  Elle est sortie du cadre, on ne sait pas ce qu’elle fait. On ne voit que la chaîne HI FI posée sur une commode blanche avec des tiroirs. A côté des CD est allumée une veilleuse blanche. Sur un cintre est accroché un peignoir marron, d’homme.

 

WITH OR WITHOUT YOU

See the stone set in your eyes

See the thorn twist in your side

I wait for you

Sleight of hand and twist of fate

On a bed of nails she makes me wait

And I wait without you

With or without you

With or without you

Through the storm we reach the

shore

You give it all but I want more And

I’m waiting for you

With or without you

With or without you

I can’t live

With or without you

And you give yourself away

And you give yourself away

And you give

And you give

And you give yourself away

My hands are tied

My body bruised, she’s got me with

Nothing to win and

Nothing left to lose

And you give yourself away

And you give yourself away

And you give

And you give

And you give yourself away

With or without you

With or without you

I can’t live

With or without you

With or without you

With or without you

 

 

Sur un certain accord, la caméra quitte la chaîne et revient vers elle. On la voie assise au bord du lit, la brosse à dents à la main. Après l’arrêt de la musique, elle s’allonge sur le lit, couvert d’un plaid cyclamen. A côté, près d’elle on découvre le chat qu’on a vu au début dans la cage de l’escalier.

 

J’adore cette ville, je ne voudrais pas vivre ailleurs.

 

Cette nuit je vais dormir dans le train.

 

Je ne veux vivre que dans des films. Entrer et sortir d’un film à l’autre.

 

Je veux regarder la télé.

 

Depuis août je n’ai pensé qu’à ton cadeau pour Noël.

 

Je ne veux pas rester sans argent.

 

Je ne veux pas mourir seule.

 

Je ne veux plus rester.

 

Allongée sur le lit, elle regarde vers l’abat-jour suspendu au plafond.

 

Je rêve souvent de ta femme qui pleure. La dernière fois, elle était assise sur un banc dans un parc. Je suis allée vers elle et je lui ai donné une sucrerie pour qu’elle ne pleure plus. Un berlingot bleu. Le papier alu était si réel que je me suis réveillée.

 

Elle sort de la chambre, le lit est vide. On voit le plaid froissé par le poids de son corps.

 

 

 

*Préparation grillée de viandes hachées et épicées, en forme de rouleaux.

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:07

 

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Lien vers la traductrice

 

Trickster (2009), premier roman d'Ovidiu Pop, est du point de vue formel, un puzzle composénuméro4 d'une multitude de fragments dans lequel un narrateur protéiforme adopte les styles les plus variés: conte, narration, slam, etc. Les pièces de ce puzzle, de taille diverses, parfois d'une seule phrase, s'enchaînent selon des principes causals, chronologiques, introductifs, ou tout simplement sans raison logique apparente, fidèles alors à l'humour incisif et absurde du narrateur.

 

Le roman est construit à travers le prisme que représente le personnage/narrateur qu'est Doru. Plus que sa biographie, il s'agit d'une immersion dans le monde qui l'environne qui nous est donné à voir. Fils d'ouvriers fraîchement urbanisés dans les glorieuses années du communisme roumain, Doru est élevé chez ses grands-parents dans un petit village archétypal de Transylvanie, et bien que parfaitement sain, l'enfant refuse de parler. Les scènes quotidiennes où le narrateur revit les souvenirs de son enfance passent par le filtre de son imagination créative et sont alors rapportées avec un humour décalé où parfois se mêlent des créatures fantastiques comme le seraient le roi des scarabées ou un escargot géant.

 

L'écriture de Trickster, tant du point de vue de la structure que de la langue surprend toujours son lecteur par son ingéniosité, sa fraîcheur, son humour absurde, ses recherches et ses trouvailles, où à chaque nouvelle pièce du puzzle, le lecteur ne sait absolument pas à quoi s'attendre. Le roman est un habile mélange entre la recherche formelle et la création d'un univers fantastico-biographique dans le contexte de la Roumanie quotidienne des années communistes. (G.M.)

 

 

Les premières années de ma vie

 

Les premières années de ma vie, je les ai passées ici, le plus souvent dehors, à l'air libre, remuant le sol de la cour à la recherche de vers et d'insectes, partant à l'assaut de fourmilières, ou encore ramassant des cèpes ou des bolets.

Ce sont les années de mes grandes explorations ‒ dans le verger de pruniers, dans le labyrinthe de maïs et de chanvre, parmi les trous bouseux derrière l’étable‒, les années d'étonnements sincères ‒ devant le tonnerre, le prépuce ou Pépé ivre‒, les années de grandes espérance et de déceptions :

‒ A tué Bill le 'ti chien, pas tué Bill le 'ti chien, a tué Bill le 'ti chien, pas tué Bill le 'ti chien. A tué Bill le 'ti chien. L'a tiré dessus Pépé, cause de la rage...

Pour les autres, ce sont les Grandes Années du Silence ou les Années du Muet. De tout ça, je m'en souviens dans une cascade de sons, très musicaux, si ce ne sont les plus musicaux jusqu'à présent.   

Le Muet, c'est moi, parce que je n'ai pas parlé jusqu'à très tard, quand les autres de mon âge commençaient à aller à l'école et c'est même de ça dont il va être question par la suite.

Entre autres.

La maladie dont je souffrais alors s'appelle mutisme sélectif. Dans l'édition de 1994 du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-IV), elle est définie ainsi :

 

Le mutisme sélectif se caractérise par l'incapacité de l'enfant de parler dans un ou plusieurs types de situation sociale, bien que l'enfant soit avancé du point de vue du développement au stade auquel la parole est possible.

 À propos des causes qui la provoquent, il existe un sérieux désaccord parmi les spécialistes. Pendant une longue période on l'a considérée comme une réaction à la brutalité physique ou émotionnelle. Des expériences comme le viol, les maltraitances, l'inceste ou une mère très possessive et un père absent (!) se comptaient sur la liste des violences. Les dernières études contredisent la théorie et placent les causes aux environs du concept d'anxiété sociale. Selon ces dernières, la peur est le déclencheur principal de la maladie. Peur des situations ou des hommes.

 Parce que nous ne sommes que des hommes...

 Prenant en considération ce qui est dit ici, il conviendrait de reprendre à zéro. Donc : les premières années de ma vie je les ai passées ici, le plus souvent dehors, remuant la terre... etc.

Ce sont les Années de la Peur. Ça serait donc ça?

 

Le premier souvenir des premières années de la vie

 

Bon, alors, voyons voir : elles commencent comme dans un conte... il était une fois, dans un village de montagne, très rustique, kitsch de rustique même.

Il était une fois comme d'innombrables autres fois après celle-là, donc rien qui sorte de l'ordinaire de ce côté là. Ça s'est passé comme ça : la mère Palaghie monte de derrière notre étable le sentier battu qui mène à la bergerie. C'est le matin. Un filet de fumée s'échappe doucement par la cheminée de la cuisine. Au puits, Pépé se penche par dessus la margelle et tire deux seaux d'eau. La mère Palaghie tire le cheval par le licol et marche lourdement. À l'échine du cheval pendent deux besaces à rayures et à pompons. Des bidons en alu et en plastique tintent discrètement à chacun de ses pas.

 'jour, dit la mère Palaghie.

Pépé sursaute, lève le seau. Le fond du seau heurte le rebord en bois du puits, et quelques gouttes d'eau tombent sur les cailloux et sur le bout de ses bottes.

 'jour, dit Pépé. 

 Brr, ho, Cicore....

La mère Palaghie caresse le museau du cheval. Elle met ensuite sa main sur la hanche et commence à parler. Son visage s'anime. Au coin de sa bouche apparaît un léger sourire. Pépé se gratte le crâne dégarni de ses gros doigts rustauds. La mère Palaghie tend le bras et désigne la montagne. Pépé regarde la montagne et hoche de la tête. Pendant ce temps, le cheval dresse les oreilles et piétine le sol de ses sabots.

Moi je reste à l'écart. Je vois toute la scène à travers les planches de la clôture.

C'est comme ça que ça commence. Comme un court-circuit. Une longue panne de courant et ensuite bzzt, la mère Palaghie monte sur le sentier et sa marche me met au monde. Je sais, c'est un peu existentialiste, un peu mis en scène et tout et tout, mais, bon, quel premier souvenir ne l'est pas?

La mère Palaghie je continue à la voir ensuite. Elle vient le dimanche après la messe et reste jusqu'au soir. Elle se met sur le tabouret pour traire les vaches qu'elle tire de dessous le lit et parle en sourdine. Son homme est parti avec les moutons sur la montagne et elle déteste être seule, surtout les jours de fête, quand il n'y a rien à faire. Moi aussi je suis là. Je trace des lignes et des points sur des feuilles et j'ignore tout le monde. Ces affaires-là ne m’intéressent pas. Dans ma vie, la mère Palaghie a joué son rôle mystérieux et maintenant elle peut disparaître tranquillement.

 

Trickster, d'Ovidiu Pop, éditions Polirom 2009, p. 95-97. 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:06

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Le raki et le fiel donnent la force de franchir les journées, de marcher dans la rue ou de parler. Mais pour ne pas me ruer sur ceux qui croisent ma route, qui me crient que la souffrance anoblit, que la maladie est juste une épreuve destinée à nous racheter, afin de ne pas les bousculer, de ne pas les secouer, ces bonnes poires, j’ai besoin de toute la patience du monde ou peut-être juste de la peur d’être enfermée quelque part, là ou mes charmes ne pourraient plus me défendre. 

 ◊

Je ne veux pas être un bâtisseur obèse. Je ne veux pas m’adapter au rythme des grandes villes, ni grimper sur des gratte-ciels ni, sans doute, être la femme du jour en clichés instantanés. Je ne sais pas encore très bien ce que je veux, probablement. Parfois seulement, quand je retiens mon souffle pour entendre le tien, il me semble que tout est limpide et aussi frais que le linge qui sèche sur la corde, dehors, dans le froid.

 

Je regarde hypnotisée la grosse femme, enrobée dans son contentement et dans la fumée des cigarettes. Une flaque heureuse qu’aucun sursaut ne vient troubler. Un animal domestique. Je voudrais tellement lui ressembler, au moins de temps en temps.

 

Je me suis frotté la peau avec des aiguilles de sapin, avec de l’écorce d’arbre et de la sciure de bois, avec de la poussière et du sable. Je me suis frotté la peau jusqu’au sang, pour me défaire de tout ce que j’ai appris jusqu’à présent. C’est ainsi que je pourrai savoir ce que je désire vraiment, car cette pelote de chair ensanglantée ne peut mentir. Le hurlement sous la pluie acide non plus.

 

Je voudrais de plus en plus être une boule de bowling, d’un châtain brillant. Une bille de bowling n’a pas besoin de paradis artificiels, elle n’a pas de douleurs d’estomac ni de maux de tête. Elle roule et s’en va, encore et encore.

 

On me dit sans cesse d’arrêter de me fatiguer, d’arrêter de me tourmenter, de ne pas me débattre et en tout cas de ne pas être hystérique, de toute façon cela ne changera pas le cours du monde. Seule ma peau gonflera et j’aurai l’air d’un homard bouilli et dément. Mais moi, je suis une femme très têtue.

 

J’ai un collier de petits cailloux. Je les ai ramassés dans les gares, sur les routes goudronnées au ballast, dans les carrières abandonnées, dans mes chaussures, dans les fontaines des nouvelles terrasses, dans les sacs des amis. Tard dans la nuit, je me mets le collier autour du cou et je me faufile dans les rues. Pliée sous son poids, presque coupée en deux, je résonne sans arrêt, appâtant les renards dans les vitrines des magasins.

 

Hôtel blanc, avec des vases flottant sur les nappes. Des gens que le sel même du lac Techirghiol ne saurait porter. L’ongle pénètre profondément dans la nuque, tandis qu’une vieille frisée aux lèvres fardées susurre en me versant du vin rouge : c’est la vie, ma fille. Et je me demande ce que cela me ferait d’être sa fille. Je cueillerais peut-être toutes les roses de la ville pour les répandre sur elle. Rien ne saurait peut-être me sauver, ni les bienheureux peints sur les murs d’innombrables églises, ni les cœurs sains de ceux qui courent dans les parcs baroques à quatre heures du matin, ni même mon pantalon noir et son pli impeccable, rangé militairement sous l’écran de la télé. Et la serveuse ressemble de plus en plus à ma mère.

 

J’ai mal sans arrêt à l’épaule, à l’épaule gauche. Et véritablement, jour après jour, elle s’affaisse un peu plus, sans raison bien précise. Simple promesse faite à une femme mûre, avant de plonger dans un corps parfaitement étranger. Je te donnerai Vienne à emporter, samovar au brouillard, mercredi reinette chassant la nausée. Je t’apporterai des jours ensoleillés, des nuits de ferveur et la mer en chant.

 

Ma chair se languit. Touche-moi comme si tu ne me connaissais pas, comme si tes doigts ne savaient pas encore dessiner le contour de mes cuisses! Touche-moi comme si tu n’avais pas appris à me défaire en rêve, comme si le soleil ne devait plus jamais se lever! Touche-moi avec ton souffle et dissipe mon sommeil!

 

Ces derniers temps tout le monde me demande ce que j’ai fait de nouveau, ce que j’ai l’intention de faire, et je ne sais pas quoi répondre. J’invente quelque chose en vitesse, je fais semblant d’avoir des projets, des petits et des grands, même si je sais pertinemment que mes efforts sont vains. Que la tristesse est la seule à avoir survécu. C’est elle qui ballotte mon corps ici et là, qui me verse de temps à autre un verre de gin, m’habille et me pousse dans le monde. Ma tristesse dévergondée, qui me vend et me rachète en me frôlant à peine. Ma tristesse, millefeuille raté. La tristesse qui fait naître mes jours.

 

Je me sens reconnaissante pour ce jour de printemps passé ici au creux des montagnes, loin de la foule déchaînée. Journée ensoleillé, sans goût de laque et sans princesses fabriquées en une nuit. L’odeur de terre humide descend de Tîmpa[1], entre dans les poumons puis se répand dans le corps, si bien que demain je serai un jardin fleuri ou tout au moins un carré de tomates.

 

Finalement tout me trahit, ma peau, ma mémoire et mon pull turquoise déjà fatigué. Je vis dans l’ombre du mur, de la gouttière, sans journal, sans projets, sans destination précise. Je vis avec les jours qui défilent.

 

Mais que peux-tu bien faire dans ce bas monde, demoiselle, où seules comptent les blondes au goût poivré, les hommes aux coiffures d’acier hérissé, les poupées gonflables et les enfants précoces ? Pourquoi te promènes-tu dans les rues poussiéreuses comme un moineau sans plumes ? Tu ne vas pas me dire que tu crois aux promesses d’avant la naissance ?

 

J’ai gardé la chaleur de ton corps et maintenant encore, après l’étreinte, lorsque tu t’es retiré comme une vague, il fait soleil au fond de moi, un soleil qui pulse au rythme doux d’un blues. Songs of birds bourdonne dans mes oreilles. Ni haine, ni peur, ni pitié, ni désir. Juste une plage baignée de lumière.

 

J’entre sous la douche, sans faire couler l’eau. Je regarde perplexe les trous d’écoulement. La nuit remonte des profondeurs de l’installation et s’avance vers la plante de mes pieds.

 

Dans le noir, m’a dit Maia, garde les yeux fermés. Tu vas penser que c’est bête, peut-être. Mais le noir sous les paupières n’est jamais aussi sombre et froid que le noir du dehors. C’est pour ça qu’on ferme toujours les yeux des morts.

 

Ma mère connaît des histoires formidables. Elle les raconte à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Sans vergogne ni peur, comme un chien ou un chat pourraient le faire. Au sujet de Marioara, sa petite sœur, elle m’a dit qu’on l’avait emmenée au-delà du monastère Cernica[2], chez les fous. Les puces l’avaient dévorée : ses jambes étaient couvertes de blessures sous les chaussettes crasseuses. Personne n’aime les fous, ni les puces, ni les femmes de ménage, ni les infirmières, ni les médecins. Je me suis cachée sous la couverture et j’ai bien couvert mes jambes. Mais je n’arrêtais pas de la voir, arpentant le chemin du cimetière, embrassant les croix et implorant les morts de l'emmener auprès d’eux. Et je lui ai crié, de sous ma couverture, de mieux prier pour ne pas redevenir folle. Prie pour ne pas redevenir folle, Marioara !

 

J’ai pleuré ma haine comme un mort, un mort cher. La haine pour ceux qui donnent leurs enfants aux cochons, la haine pour les poupées Barbie, pour les hyènes médiocres. La haine aveuglante, aux parfums forts, la haine d’une beauté sans trucage.

 

Haïr, c’est se sentir concerné, avoir le poids idéal, ne pas être trop léger, ne pas être un beignet rempli d’air, de ceux qu’on appelle pets de nonne.

 

Et maintenant que faire ? Maintenant que j’ai commencé à comprendre ou bien que j’ai tout simplement vieilli, que je suis fatiguée et que la haine est partie ? Que faire de cette pitié qui me reste, de ce fardeau pitoyable ?

 

Fais un enfant, tu trouveras la paix. Ta mère dansera de joie et tout l’univers s’ouvrira pour toi. Fais un enfant et c’en est fait de toutes tes misères, les maladies t’éviteront et le temps cessera de filer en toi. Fais un enfant et le monde deviendra transparent.

 

Et si je refuse ? Qui dit que je cherche la paix ? Et si je veux porter mes maladies et ma névrose comme des taches de rousseur ou des bracelets ?

 

Certains ont la fumée de cigarette qui les habite comme une maison. D’autres boivent ou bien cultivent des aspidistras. Il y a aussi ceux qui inventent toutes sortes d'associations, qui partent en Amérique ou en Afghanistan. Tout pour ne plus sentir les points dont ils sont faits et les coutures qui craquent.

 

Moi, j’ai décidé de faire collection de mes cils. Je vais les déposer dans une boîte en bois blanc que j’ouvrirai dans les moments difficiles. Et si cela reste sans effet, je finirai bien par trouver autre chose.

 

Et me voilà en train d’attendre la fin de l’été et le début de l’automne, et en automne j’attends l’hiver et ainsi de suite, comme si les choses pouvaient changer d’une saison à l’autre. Et au lieu d'affûter ma scie mentale, il paraît que c’est ainsi qu’on dit maintenant, je pends comme une chauve-souris au plafond.

 

 

 


[1] Montagne autour de laquelle se trouve la ville de Braşov en Roumanie.

Monastère du XVIe siècle situé non loin de Bucarest, près d’un lac entouré de forêts séculaires.

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:05

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Lien vers la traductrice

 

Et si nous ne vivions vraiment que lorsque nous sommes séduits, autrement dit numéro4"déplacés", transportés","mis à part", "tirés du lot", extirpés d'une vie qui d'ordinaire s'ingénie à nous broyer dans la masse? La beauté de cette "mise à part", c'est qu'elle ne dépend pas de nous, car aucun d'entre nous ne peut s'extraire de lui-même du broyeur de la vie. C'est à ce moment-là qu'intervient le "séducteur", nous dit en substance Gabriel Liiceanu... Ceci dit, le philosophe nous intrigue encore plus. Qui est ce "séducteur" ? Comment la  séduction opère-t-elle en nous? L'apothéose de  la séduction n'intervient-elle pas  dans ces moments où le séducteur se met au service de la personne séduite? Alors, être la victime d'un séducteur serait la joie suprême de nos vies... De la séduction nous entraîne sur les pas d'un esprit humaniste et libre. Tout commence par une plongée dans l'histoire de la séduction. Prêts pour l'expérience? (L.H.)

 

 

De la séduction

 

En voilà, un sujet séduisant. L’attrait qu’exerce sur nous le sujet de la séduction s’explique peut-être par le fait que la vie elle-même nous donne de nous confronter à la séduction à chaque pas. N’aspirons-nous pas tous à, d’une manière ou d’une autre, nous insinuer dans l’autre et, si cela nous est possible, à l’habiter, à envahir son être ? Ou, inversement, ne nous arrive-t-il pas de nous sentir tomber sous le charme de quelqu’un, en « être la proie » et nous rendre compte que nous pouvons la suivre ? Nous avons tous été, dans notre vie, dans la situation de séduire et d’être séduit. Par conséquent, il semblerait que nous fussions tous aptes à répondre à la question « qu’est-ce que la séduction ? »

Toutefois, quand nous tentons de le faire, nous constatons que ce qui nous est le plus proche, ce qui fait intimement partie de notre vie est aussi ce que l’on parvient le moins à mettre à distance pour l’examiner à loisir. Du verbe « séduire », nous ne savons pas dire plus que ce qu’en dit le premier dictionnaire, à savoir que c’est la capacité d’attirer par une qualité particulière, par un charme hors du commun ; quant au séducteur, nous reste à nos yeux le collectionneur de conquêtes amoureuses, tel ce personnage dont Racine, dans Phèdre, dit qu’il est « charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi ».

 

Brève analyse phénoménologique

 

Comment procéder, alors ? En nous adressant au génie de la langue. Que dit le verbe latin seduco ? Tout d’abord, seduco signifie « emmener à part, à l’écart ». Me seducit foras narratque…, dit Térence : « il me prend en particulier et me raconte… ». D’où la généralisation du sens de « séparer », « détacher » : cum mors anima seduxerit artus, « après que la froide mort aura séparé mon âme de mon corps » (Virgile). Le sens que nous connaissons de nos jours et que partagent toutes les langues romanes est apparu des plus tardivement en latin, et c’est chez les auteurs chrétiens. Ce n’est que chez Tertullien (II-IIème siècle) et dans les textes d’Augustin (IV-Vème siècle) que seduco devient « séduire » dans le sens de « détourner du droit chemin », « corrompre ». En voulant nous adresser à l’intelligence de la langue, nous en arrivons tout naturellement aux sens primaires, ceux où le mot affleure à la surface de la langue dans sa signification aurorale. Et ce faisant, nous constatons une chose troublante et simple : un séducteur est une personne qui vous prend à part, qui vous conduit où bon lui semble. Et si tel est le sens élémentaire avec lequel nous voulons opérer pour comprendre la séduction, alors trois questions se posent spontanément :

De quel côté le séducteur nous conduit-il ?

En vertu de quel aspect de notre constitution pouvons-nous emmener quelqu’un ou être emmené à part ? Qu’est-ce qui, dans le séducteur et la personne séduite rend possible la conduite (ou le fait d’être conduit) à l’écart ?

Quelles sont les arguments du séducteur, comment parvient-il à nous mener dans les voies qu’il choisit lui-même ?

 

 1.   De quel côté le séducteur nous mène-t-il ? Ambiguïté de la séduction

 

 

La séduction est une forme de pouvoir. Si je peux mener une personne là où je souhaite la mener ou simplement la convaincre d’y aller, cela signifie que j’exerce sur elle un pouvoir.  Mais le pouvoir est par essence ambigu. Le détenteur du pouvoir a ce pouvoir dans la mesure  où il est libre et il ne peut soumettre que dans la mesure où il est plus libre que celui qu’il soumet. Et celui qui se soumet au puissant le fait justement en vertu de son moindre degré de liberté..

Cependant, celui qui se soumet peut le faire de deux manières : soit parce qu’il accepte l’autorité de celui qui détient le pouvoir, conscient que ce dernier, en vertu de sa plus grande liberté est le seul capable de lui enseigner la liberté et donc le seul capable de le placer sur le chemin de sa propre liberté. Il se soumettra alors librement au pouvoir de l’autre tandis que ce dernier le soumettra, avec son consentement, exclusivement dans le but de l’éduquer à l’espace de la liberté et en vue de sa libération finale. Ou bien au contraire, il ne se soumettra que contraint et forcé et dans ce cas le pouvoir manifesté à son encontre ne sera que vide contrainte de la liberté de l’un aux dépends de l’éternelle sujétion de l’autre. La soumission n’est plus, dans ce dernier cas, une prémisse de sa libération mais une simple participation servile au scénario de la perpétuation du pouvoir. Le pouvoir est par essence ambigu dans la mesure où il peut s’exercer en vue de l’éducation de la libération de la personne ou, au contraire, de sa servitude.

 

Cette ambiguïté du pouvoir est transposable à la séduction dans la mesure où la séduction est une forme de pouvoir. Bien sûr, dans le cas de la séduction, il n’est pas question d’un pouvoir exercé par la force, parce qu’on est ici dans le domaine de la conviction et donc de l’obtention du consentement de l’autre. Mais l’ambiguïté de la séduction est comme l’ambiguïté du pouvoir, elle tient compte dès le départ de résultats possiblement incertains, voire contraires, sur celui qui fait l’objet de ce pouvoir – dans notre cas, de la personne séduite.  Autrement dit, dans le cas de la séduction, la question est où conduit-elle. Si, séducteur étant, je peux guider quelqu’un dans la direction où je le souhaite, cela ne nous dit pas de quel côté précisément je l’emmènerai : du mauvais côté, dans l’erreur et la corruption ou du bon côté, le faisant grandir et lui offrant ma compagnie sur le chemin de ses propres accomplissement et liberté ? Autrement dit, la séduction peut s’exercer sur l’horizon de l’amour et pour le bien d’autrui (je te fais m’aimer, je te soumets et ton être grandit) ou bien avoir le cynisme pour horizon et n’avantager que le séducteur (je te fais m’aimer et je t’utilise).

La première est la séduction divine, c’est celle du maître et de l’amoureux, l’autre est la séduction démoniaque, la séduction dépourvue d’amour et conduisant la personne séduite à sa perte. En tant que forme de pouvoir, la séduction contient en elle–même l’ambiguïté qui peut en faire un instrument d’ouverture vers le bien ou vers le mal.

 

 2.    Ce qui, chez le séducteur et chez la personne séduite rend possible l’emmener-à-part. Attente du désir et principe du plaisir.

 

Toute personne est apte à la séduction. Mais pourquoi ? Sur quoi la séduction se base-t-elle en nous ? Qu’est-ce qui, en nous, la précède et la rend possible ? En vertu de quoi pouvons-nous emmener-à-part ou nous laisser mener-à-part ?

Il existe en tout homme une disposition spirituelle basée sur le manque et sur le besoin de combler ce manque. Nous tendons tous vers quelque chose, nous attendons, nous désirons, sans savoir toujours quelle est la nature de ce « quelque chose » qui mettrait fin à notre attente et répondrait à notre désir. La splendeur de la vie humaine tient peut-être justement au flou enveloppant nos manques et, ainsi, nos désirs. Toute séduction opère sur un terrain préparé par l’attente et le désir. Il existe un a priori du désir qui flotte sur le monde des hommes, une attente dans laquelle nous trempons tous et en vertu de laquelle nous séduisons et pouvons être séduits. Personne ne peut se soustraire à cette attente.  Nous attendons tous quelque chose. Nous sommes tous orientés, par un désir confus, vers les vastes perspectives de la vie. Tout adolescent le sent bien. Il entre dans la vie porté par les ailes d’une aspiration sans objet précis. Grâce à cette aspiration et à ce désir confus, il est apte à être séduit.  Tout séducteur entrant dans notre vie est porteur de la promesse de comblement d’une attente imprécise. Roméo se trouve en état d’être amoureux avant de rencontrer Juliette, Marguerite attend (elle est par là même déjà prête) d’être séduite par Faust. Tout disciple rêve son maître avant de le connaître.

 

(…)

 

  

J’ai largement développé le thème du rapport entre la liberté, le pouvoir et la soumission dans le chapitre « Le devenir dans l’espace de la liberté. De la paideia » in Despre limite, Humanitas, Bucarest, 1994, pp. 103-111 et De la limite, éditions Michalon, Paris, 1999. 

 

 

Despre seductie, éditions Humanitas, Bucarest, 2008, pp. 5-16

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•Mircea Cărtărescu a réécrit son mythique poème Le Levant en l’adaptant partiellement en prose. Nicolas Cavaillès s’est attelé à la tâche, les éditions POL l’ont publié : il est paru en décembre dernier.
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Esclaves sur Uranus de Ioan Popa est paru début décembre aux éditions Non Lieu dans la traduction de Florica Courriol. Le lancement, en présence de l'auteur, le 11 décembre à la librairie l'Âge d'Homme a rencontré un beau succès. A lire, un article dans Le Monde des Livres, dernier numéro de décembre 2014.
L’anonyme flamand, roman de Constantin Mateescu est paru en décembre aux éditions du Soupirail, dans la traduction de Mariana Cojan Negulescu. Suivez les déambulations du professeur taciturne dont c’est l’anniversaire : le roman retrace cette journée de sa vie entre réflexions et souvenirs de sa femme aimée.
• Max Blecher eut une vie très courte mais il a laissé une œuvre capitale. Aventures dans l’irréalité immédiate vient d’être retraduit par Elena Guritanu. Ce texte culte est publié avec, excusez du peu, une préface de Christophe Claro et une postface de Hugo Pradelle. Les éditions de l’Ogre ont fait là un beau travail car elles publient sous la même couverture Cœurs cicatrisés, le deuxième des trois seuls romans de cet auteur fauché par la maladie en 1938.
• L’hiver 2014-2015 est décidément très riche en livres exceptionnels : Les vies parallèles, nouveau livre de Florina Ilis, sort le 15 janvier aux éditions des Syrtes dans la traduction de Marily le Nir. Le talent de la romancière fait revivre les dernières années du poète Mihai Eminescu devenu fou. Le roman déploie devant nos yeux toute la société roumaine à travers ce qu’elle pense et dit du poète national utilisé à toutes les fins politiques et idéologiques. Plongez dans la vie de ce poète romantique.
•La célèbre poétesse Nora Iuga a écrit un court roman intense et beau, La sexagénaire et le jeune homme que nous avions annoncé ici. Il est paru aux éditions Square éditeur. A découvrir d’urgence.

 

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