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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:01

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Lien vers la traductrice

 

Le dernier roman d'Ana Maria Sandu est une histoire tout en finesse sur le pouvoir pervers denuméro4 la narration et sur le mode selon lequel la fiction peut devenir plus “réelle” que la réalité, l'altérant jusqu'à l'épuisement.

Ce qui semble être au début une fulgurante histoire d'amour (la rencontre entre Vali et Ramona) glisse vers un faux roman policier aux conséquences imprévisibles: le personnage clef de ce roman-confession est Madame Manea, une femme d'un certain âge qui revit ses passions de jeunesse par le biais de sa jeune locataire (Ramona) et dont les intentions ne sont pas aussi nobles qu'elles semblaient l'être au départ.

Les premières pages du livre nous font connaître Vali avant sa rencontre avec Ramona, dans cette Bucarest bigarrée et authentique si chère à l'auteur...

 

 

 Tue-moi!

 


La journée avait bien commencé pour mieux dérailler ensuite. Nous devions partir à la mer avec la voiture de Dudu, mais elle avait justement choisi ce moment pour le lâcher.

- Y'a un problème : je perds de l'essence, j'ai une fuite au réservoir, m'a annoncé Dudu au téléphone.

Lorsque j'ai appris ce qui était arrivé, j'avais déjà terminé mes bagages depuis près d'une demi-heure et m'étais préparé psychologiquement à boire ma prochaine bière à la terrasse d'une plage. Impossible de ne pas penser au col mousseux du verre de bière s'accordant harmonieusement avec la mer alentour...

Nous n'avons pas eu de chance. La fuite du réservoir a ruiné nos plans et notre week end prolongé est tombé à l'eau. J'aurais pu le convaincre que ce n'était peut-être pas aussi grave, du moment que l'essence ne coulait pas à flot. Mais un immense feu d'artifices sur l'autoroute ne faisait pas vraiment partie de mes projets du moment. Un autre ami m'a téléphoné et on a convenu de se retrouver en ville, à l'endroit habituel, où la bière ne coûtait pas une fortune et où l'on trouvait toujours une table même les soirs de grande affluence. Il nous arrive parfois de commander quelque chose sur le chemin, directement par téléphone. Je crois que le serveur s'est un peu fatigué de nos figures polies comme les meubles du restaurant. Mais on s'en fout.  Chaque fois, il nous sourit d'un air complice et nous donne l'impression, d'une certaine manière, que nous sommes rentrés à la maison. Ce qui est sûr c'est que nous avons généreusement contribué au financement du comptoir, des chaises, des rideaux, c'est donc tout naturellement que nous pouvons considérer qu'ils nous appartiennent. Et c'est exactement ce que l'on fait, on a nos préférences, on entre, on salue et on demande:

- C'est possible à notre table?

La plupart du temps, c'est possible. Ce soir-là, nous nous sommes donnés rendez-vous à huit heures et demi. Je suis incapable de me rappeler le nombre de bières que nous avons prises, d'autant plus que je n'ai même pas vu minuit arriver. Dudu culpabilisait car lui et sa nouvelle voiture qu'il avait payée une jolie somme, avaient ruiné nos plans. Mais à la deuxième bière, nous étions d'accord que ce n'était pas une aussi grande tragédie et que nous nous arrangerions pour partir le jour suivant.

Nous avons ri de tout et n'importe quoi. A tel point que mes muscles abdominaux que je n'arrivais plus à tonifier à la salle de sport s'étaient mis à me faire mal. Ils devaient d'ailleurs se contenter de ces séances de rire compulsif, un exercice efficace à long terme, du moins c'est ce que nous espérions. Puisqu'il était prouvé que le fitness mental était aussi efficace que l'activité physique, pourquoi se forcer à transpirer et à soulever des tonnes de poids? Mircica n'était pas d'accord avec la nouvelle théorie et se forçait, le malheureux, à aller deux fois par semaine aux séances d'entraînement. Et nous qui ne faisions rien, on ne trouvait rien de mieux que de le taquiner et de le corrompre avec de la bière:

- Combien tu disais que l'abonnement te coûte?

Nous avons calculé le nombre de bières que l'on peut boire avec 200 lei par mois et on s'est bien foutu de lui. Il nous a laissés tranquille, après nous avoir dit:

- Vous verrez, quand vous serez vieux, gras et laids, vous regretterez de ne pas m’avoir écouté!

Nous nous sommes aussitôt emballés :

- Mircica, avec tes trente ans bien entamés, tu ferais mieux de  nous laisser tranquilles, parce que c'est toujours avec nous que tu passeras tes vieux jours.

Nous nous sommes séparés, comme d'habitude, devant le restaurant. En attendant l'arrivée du taxi, on a convenu de s’appeler le lendemain, une fois que Dudu sera passé au garage pour voir ce qu'avait la voiture. Après qu'ils soient montés et aient refermé la porte de la Logan jaune, j'ai pris le chemin du centre-ville.

 

*

A chaque fois que je rentre chez moi, la nuit, lorsque la ville est enveloppée dans une bulle plastique, je pense à ma tante Olga, la sœur de grand-mère (que Dieu veille sur son âme...). Les phares des voitures et les néons des vitrines recouvrent les rues d'une substance argentée, qui me poursuit jusqu'à ce que j'atteigne la porte en fer et que je glisse la main dans ma poche à la recherche de mes clefs. Je m’y reprends toujours à deux fois pour trouver le numéro gagnant.

J'habite un immeuble qui date de l’entre deux-guerres, avec un escalier enroulé comme un immense réglisse et une balustrade peinte en noir. Lorsque la minuterie de la lumière s'éteint entre deux étages, je me guide en suivant cette trace couleur de suie et trouve ainsi le chemin de mon studio, où je tombe sur mes affaires jetées en vrac dans tout le studio et sur les vieux meubles d'Olga, dont je ne me suis toujours pas débarrassé. J'aurais pu demander à des amis de venir un après-midi pour que nous les descendions à la cave, mais quelque chose me lie encore à leurs grincements, aux heures avancées de la nuit. Je me suis habitué à ces bruits et je me dis parfois qu'il faudrait que je relise Dickens.

Ma tante est morte il y a quelques années et m'a laissé en héritage ce studio sur Magheru, juste à côté du Carlton. Elle est allée chez le notaire et a écrit à la main, sur une feuille de papier, que j'étais le neveu le plus gentil du monde et son unique héritier. Ce gain inespéré m'est littéralement tombé dessus, peut-être parce que j'ai toujours été indulgent avec ma famille et que j'ai écouté leurs histoires chaque semaine. Ils ont un style bien à eux pour vous raconter comment la petite Smaranda et Aurel se sont rencontrés à la cafétéria Scala, comment ils ont pris un jus de fruit et un gâteau, puis comment le lendemain, Aurel a demandé la main de Smaranda.

Un autre moment important dans l'histoire sentimentale de la famille Poenaru s'est joué à côté de la gare Filaret: Tanta, qui habite toujours le même immeuble en face de la Salle du Palais, a quitté un riche commerçant qu'elle venait d'épouser et est partie voir le monde avec deux valises et un philatéliste possesseur du premier timbre postal roumain, celui avec la tête d’auroch, dont on parlait comme du bien le plus précieux. Lorsque j'étais petit, je lui tirais les vers du nez pour qu'il me dise où était le timbre, car on venait de me remettre un classeur et j'aurais fait n'importe quoi pour trouver dans les petites enveloppes cartonnées que j'achetais à la poste, quelque chose que personne d'autre ne possédait. J'en étais même arrivé à rêver de la tête d’auroch, je voulais partir à sa recherche et la récupérer. Mais le timbre et la ténacité avec laquelle je fouillais dans les tiroirs rances ne les intéressaient guère, leurs « pauvre garçon, si riche pourtant! » avaient fini par m'intoxiquer. Cinquante plus tard, ils continuaient encore à se lamenter sur son sort et à condamner Tanta qui n’avait pas su se comporter comme une dame.

De ces extravagances, j’en ai bien souvent eu marre, mais je m’en suis aussi bien amusé, surtout depuis que j’ai compris que chaque famille a les siennes. Sinon de quoi parlerions-nous lors des repas du dimanche? Que nous raconterions-nous après tant d'années ? Certains protagonistes des histoires de mes tantes sont morts avant ma naissance mais ce n'est pas pour autant qu'elles n'ont pas de reproches à leur faire. Vous verriez les méchancetés que leur visage de papier crépon et leurs bouches déformées peuvent débiter ! Un spectacle épatant, à tous les points de vue.

Pour mes parents, les choses ne sont pas vraiment comme ils l’auraient voulu. Ils n’ont pas de petits-enfants à promener dans le parc. N'allez pas croire que je suis un bon à rien! C’est juste que je n’ai pas encore trouvé ma place. Sur ce point, ils ont raison. Comme dit mon père: certains mettent plus de temps à devenir adulte. D'une certaine manière, je les comprends. C'est justement pour ça que je fais comme si je ne les entendais pas quand ils commencent à me prendre la tête et à se lamenter sur leur sort. 

J'ai essayé toute sorte de travail dans ma vie, mais jamais je n'ai trouvé quelque chose qui me plaise vraiment. Au chapitre des relations amoureuses, je ne m'en sors pas non plus très bien. Quoi que je  fasse, elles se finissent toujours trop rapidement...

La meilleure chose qui me soit arrivée au cours des derniers temps est, sans doute, cet appartement. Je n'habite plus dans l'appartement de mes parents mais en centre-ville et je n'ai pas toutes ces tracasseries que peuvent avoir mes autres amis: « Le vieux a encore augmenté mon loyer », « tu connaîtrais pas quelque chose de chouette à louer, proche du centre? », « si t'entends parler de quelque chose, s'il te plaît, fais-moi signe ».

Mais parfois, je suis un peu surpris que les jours aient commencé à se ressembler les uns aux autres, comme si, avec cet héritage, mon destin était entré dans une sorte de boucle. 

Lorsque je rentre le soir, je marche à pas lents, empruntant, la plupart du temps, des rues détournées, émerveillé, à chaque fois, par le silence de Bucarest, la nuit. Je dérange les chiens qui dorment blottis sur les bouches d'égout. Ils me regardent, les yeux à moitié collés par le sommeil, sans lever la tête. Quand aux chats, ce sont des fantômes indolents, vous avez à peine le temps de les distinguer qu'ils ont déjà détalé à un ou deux mètres de votre pied. Si je m'écoutais, je ne sortirais qu’à la nuit tombée, je m'accrocherais à ce corps immense et brillant, tatoué de bâtiments construits dans tous les sens et tournerais autour de lui jusqu'à ce que je perde l'équilibre. Une ville anesthésiée où dort une baleine géante et où le dernier habitant éveillé, moi, est accroché à son dos et tente d'arriver chez lui.

Combien de bières avais-je bu au final? Six, sept? Ces images, tout comme cet amour furieux pour Bucarest que j'ai tant piétinée, seraient-ils remontés à la surface pour la même raison? Le chemin de ce soir-là, je m'en rappelle parfaitement. Je l'ai refait dans ma tête au moins une centaine de fois.

A un moment, j'ai sauté par dessus une flaque d'eau et une lumière s'est allumée. Un détecteur s'est déclenché à cause de mon mouvement brusque et m'a fait tressaillir au moment exact où j'avais le pied en l'air. J'ai atterri à côté de la flaque et la pointe de ma chaussure s'est mouillée, faisant jaillir derrière elle une minuscule fontaine. Je m'apprêtais déjà à sentir les gouttelettes, remplies de poussière et d'huile de moteur, traverser le tissus de ma chaussette. Elles se sont arrêtées à l'extrémité de mon gros orteil. J'ai compris que dans peu de temps les autres doigts prendraient également les eaux. Je les ai remués dans les limites qu'imposent une chaussure de sport et c'est comme ça que j'ai atténué le choc. Dans le bâtiment blindé d'alarmes à côté duquel je suis passé, de nombreuses lumières étaient restées allumées. J’ai marmonné un juron et accéléré le pas. Je ne sors pas me promener à cette heure de la nuit pour me retrouver avec toutes les lanternes de ces idiots braquées sur moi.

Je suis rapidement arrivé près du pâtissier du coin dont l'espace s’est tellement réduit, qu'elle a aujourd'hui la taille d'une chambre de bonne. Je crois que les gâteaux de la vitrine ne changent jamais. On dirait qu'ils sont faits en plâtre, sur lequel quelqu'un aurait versé une tonne d’aquarelle concentrée. Je n’en mangerais jamais de la vie, même sous la contrainte. La pharmacie était, comme d’habitude, allumée. Devant le magasin de lunettes de soleil, j'ai de nouveau pu constater que, comme l'autre fois, ils n'avaient rien laissé dans la devanture, pas une seule paire, par peur sans doute que quelqu’un ne brise la vitre pour les voler. Stupide, évidemment. Je ne me rappelle plus si je me suis arrêté sur le boulevard, pour regarder les montres et les bijoux. Eux, ils avaient peut-être un système d’alarme performant et ils ne se fatiguaient pas à vider chaque soir leur vitrine. En tout cas, jamais je ne m’achèterais une chose aussi chère, par contre j’aimerais bien discuter avec quelqu’un d’un modèle sophistiqué, fabriqué en série limitée. Je pense que comme ça, je pourrais avoir une chance d’impressionner une fille qui resterait avec moi plus de trois semaines, soit la période de grâce au cours de laquelle toutes celles avec qui je suis sorti ont tenté de me faire changer et rejoindre le camp des hommes mariés, bons, droits et ordonnés. Pourtant, j’ai essayé de leur faire plaisir, j’ai refusé de voir mes amis un jour, voire deux. Je reconnais, je suis un type faible et je n'ai pas tenu à l'infini. Mais l'amitié n'était-elle pas considérée à une époque comme le sentiment le plus noble de la terre? Je connais Dudu et Mircica depuis l'école primaire, on s'est battus, on a joué des dizaines de milliers de fois au foot, on a formé un groupe de rock... Cela ne signifie t-il pas que nous sommes comme des frères? Quelqu'un peut-il me contredire?

Parfois, je ressens le besoin de vérifier toute ma théorie. L'angoisse me saisit soudain et je me surprends à appeler en plein milieu de la nuit l'un d'entre eux. C'est précisément ce qui s'est passé ici. Ma main s'est aimantée à mon téléphone et a choisi dans la liste des numéros déjà appelés le nom de Dudu. Dans une rue déserte, le bip strident d'un téléphone égale la sirène vigoureuse qui appelle le peuple au combat. Cela me fait du bien de penser que dans cette ville, il y a des êtres chers que je peux appeler à n’importe quel moment du jour, et surtout, de la nuit. Je suis resté l'oreille collée au téléphone et n’ai pas eu le coeur à le remettre dans ma poche même après avoir entendu l'opérateur de téléphonie mobile m'annoncer : « votre correspondant est momentanément indisponible ». Ce couillon ne voulait pas décrocher...

J'ai ronchonné après eux, je n'avais pas non plus envie de faire une autre tentative avec Mircica pour découvrir  au bout du compte la même vérité cruelle: pendant que je marchais sans but dans les rues en pensant à l'âme éternelle, à l'amitié et au goût des choses sucrées, ils étaient tous les deux arrivés chez eux où ils s'étaient rapidement glissés sous leur couette. A présent, ils dormaient à poings fermés et n'en avaient strictement rien à faire de moi. Il pouvait m'arriver n'importe quoi, ils l'apprendraient le lendemain, comme la cinquantaine d'autres personnes que je connais. Et ils n'auront plus rien besoin de faire.

J'ai accéléré le pas et traversé Bucarest dont seuls les toits des immeubles avaient échappé à l'obscurité. J’ai pris vers le boulevard. Après l’endroit où il y a les filles, devant le magasin Diverta, le chemin menant chez moi forme une ligne droite. La fille à la silhouette de camembert, petite et grasse, avec ses bottes blanches jusqu'aux genoux, avait eu de la chance ce soir-là. Elle n'était plus à son poste. Il m’était quelque fois arrivé de passer devant elle juste au moment où elle rejetait de sa cigarette cette fumée grosse et compacte. Cela me donnait une envie folle de fumer des cigarettes sans filtre, mais chez nous on n'en trouve plus depuis un bon bout de temps. 

Je me suis approché, la fille-camembert m'a vu et interpellé:

- Hé! Beau gosse, tu veux pas monter avec moi?

Je n’en avais pas envie. Poliment, je lui ai demandé une cigarette, pratiquement sûr qu’elle allait sortir un paquet de tabac et me tendre une cigarette sans filtre. Cela ne s'est pas passé comme ça et il m'a semblé, une fraction de seconde, le temps qu’il lui a fallu pour sortir un paquet cartonné, qu'elle aurait pu être n'importe qui, jusqu’à cet instant où elle m’a présenté du feu et récupéré son expression habituelle: sa bouche aux fines lèvres fardées à outrance m'a fait me presser. Je l'ai saluée et je suis parti. Je n'ai absolument pas pensé au sexe. J’en assume les responsabilités.

Sur le chemin, je n'ai pas arrêté de me dire que c'était notre dernière chance d'aller à la mer cet été. A l’approche du mois d’octobre, les choses se gâtent un peu et les terrasses perdent tout leur charme. Je marchais totalement désespéré dans la ville et me répétais que nous trouverions une solution pour partir le lendemain. Sur la plage, cette lumière onctueuse et dense des premiers jours d'automne est unique. Je faisais peut-être une fixation sur cette journée à la mer parce qu'aucune fille ne me trottait dans la tête. On aurait dit que toutes les filles intéressantes de cette ville étaient en couple, elles ne me regardaient pas ou bien elles n'étaient pas rentrées de vacances. Une vraie tragédie...

Alors que mes espoirs étaient en train de sombrer, j'ai cru distinguer, à environ dix pas, la silhouette d'une personne, l'épaule appuyée contre un mur. Je me suis dis qu'elle s'était peut-être enfermée dehors et essayait désespérément d'ouvrir une porte. Je ne me suis pas pressé, mais quand je suis arrivé devant la forme imprécise, pas la moindre trace d'une quelconque entrée, seulement un mur décrépi.

C'était une femme plutôt jeune. Elle est restée un moment debout, m'a regardé puis s'est accroupie. Elle pleurait ou sanglotait, je ne me rendais pas bien compte. Je me suis approché d'elle et la première chose qui m'est venue à l'esprit a été de lui demander:

- Qu'est-ce qui t'arrive? Ça ne va pas? Quelqu'un t'a frappée?

Elle ne m'a pas répondu, elle s'est relevée et a appuyé son dos contre le mur. L'attitude de cette fille commençait à m'agacer, je ne savais pas si elle m'avait vu, si elle m'avait entendu ou si elle en avait tout simplement rien à faire de moi. Elle portait une veste en jean, de couleur claire, un pantalon large et un T shirt avec une inscription que je ne parvenais pas à déchiffrer, à l'exception de quelques lettres. Une épaisse mèche s'était échappée de sa queue de cheval et collée à son visage. Ses cheveux étaient châtains très clairs, pour ce que je pouvais voir. Comme elle pleurait et respirait en même temps, je pouvais voir ses deux dents de devant. J'ai senti qu'il fallait absolument que je l'aide. Dans la nuit profonde de Bucarest où il y a encore quelques minutes, je m'étais senti comme un poisson dans l'eau, sa solitude et son air égaré me désarmaient.

 

Omoara ma, Ana Maria Sandu, éditions Polirom, Bucarest – 2010.  p. 5-16

    Environ 48 euros

 

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Published by Seine & Danube - dans DE LA FICTION
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L’anonyme flamand, roman de Constantin Mateescu est paru en décembre aux éditions du Soupirail, dans la traduction de Mariana Cojan Negulescu. Suivez les déambulations du professeur taciturne dont c’est l’anniversaire : le roman retrace cette journée de sa vie entre réflexions et souvenirs de sa femme aimée.
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• L’hiver 2014-2015 est décidément très riche en livres exceptionnels : Les vies parallèles, nouveau livre de Florina Ilis, sort le 15 janvier aux éditions des Syrtes dans la traduction de Marily le Nir. Le talent de la romancière fait revivre les dernières années du poète Mihai Eminescu devenu fou. Le roman déploie devant nos yeux toute la société roumaine à travers ce qu’elle pense et dit du poète national utilisé à toutes les fins politiques et idéologiques. Plongez dans la vie de ce poète romantique.
•La célèbre poétesse Nora Iuga a écrit un court roman intense et beau, La sexagénaire et le jeune homme que nous avions annoncé ici. Il est paru aux éditions Square éditeur. A découvrir d’urgence.

 

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