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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 14:28

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cadre numero 3-copie-1                                      

Le roi du matin

 

Je suis là, moi, un petit roi du matin

Un empereur aux yeux de brouillard

 

Là, c’est moi qui commande. Je n’en fais qu’à ma tête :

Je peux me lever du lit. Me laver

Le visage, les dents. Ou bien non.

 

Là, un animal dégingandé,démesuré

N’obéit qu’à mes ordres. Je n’en fais qu’à ma tête :

Je peux fermer les yeux, le laisser partir. Ou bien non.

 

Je suis là. Un roi transparent du matin.

Un empereur aux yeux de brouillard.

 

 

 

 

 

 

 

                               Ce n’est pas le paradis

 

Et tu as découvert que, même si tu as perdu ton innocence,

Il te reste l’hésitation. Les jours

Ont le goût de la graine du paradis, les gens

S’habillent en verre et en émail, et les objets

Chantent tout bas.

 

Ce n’est pas le Paradis. C’est le monde

Où tu es de retour. Après si longtemps :

Chambres pourries, noirs putois, cartes de jeu

Déchirées, odeur du sexe, du plastique surchauffé et du fer,

Du pus et de la craie verdâtre, angoisse et goinfrerie,

Le hachoir rouge plein

De plumes et de sang.

 

Ce n’est pas le Paradis. C’est le monde

De celui qui est beau et sage. C’est lui

Que les dieux défendent et cachent.

 

 

 

 

 

 

 

                            Un dimanche tranquille

 

Elle coupait mon cerveau en tranches fines, très fines.

Le couteau était bien affûté, elle portait des gants transparents

En plastique. C’est une bonne ménagère. Jamais

Son travail n’est bâclé.

 

Je gisais sous la cuvette, la tête à moitié

Dans le seau d’ordures ménagères. Par la fenêtre

Entrait de l’air frais, les oiseaux gazouillaient.

Elle était vêtue de sa robe couleur cerise,

Avec un décolleté plus que généreux.

 

Ele a rangé les tranches sur une assiette de Limoges

Les a couvertes de papier d’argent

Et les a foutues dans le congélateur. S’est pris les pieds

Dans mon corps. M’a donné un coup dans le foie

Et puis s’est lavé soigneusement les mains.

 

C’était un dimanche lumineux de printemps, les cloches de l’église                                                                                                   d’en face

Se mirent à sonner, puis on a entendu un alléluia.

Elle a sorti méticuleusement ses gants, puis elle les a jetées dans le                                                                                                        seau

Je les sentais comme une caresse légère sur la nuque,

Et elle est partie se promener.

 

J’étais d’une certaine manière soulagé. Je me sentais bien.

Je pense qu’elle n’était pas fâchée contre moi. Je crois qu’elle m’aime.

Ses gants gardaient encore un peu de son parfum.

 

 

 

 

 

 

                                      Le matin

 

Les gens ne comprennent pas le matin :

Une grosse tache d’huile transparente,

Où ils peuvent se refléter.

 

Les gens ne comprennent pas le matin :

Une respiration tellllement lente,

Une caresse différée.

 

Les gens ne comprennent pas le matin :

Un reste de tendresse

Dont nous ne jouirons plus jamais.

 

 

Traduit du roumain par Dumitru Tsepeneag

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  • Revue Seine & Danube
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•La célèbre poétesse Nora Iuga a écrit un court roman intense et beau, La sexagénaire et le jeune homme que nous avions annoncé ici. Il est paru aux éditions Square éditeur. A découvrir d’urgence.

 

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